Retraite des Pluies : 4 participants partagent leur expérience

Cette retraite annuelle de 90 jours en sangha quadruple n’est pas une nouveauté. Elle date de l’époque de la vie du Bouddha, lorsque les moines et moniales voyageaient et enseignaient le Dharma dans les régions de l’Inde au cours de l’année. Au moment de la saison des pluies, leurs déplacements étaient rendus difficiles et ils se rassemblaient alors en communauté pour étudier et pratiquer le Dharma, ainsi que pour partager leur mode de vie et de pratique. Aujourd’hui, les membres monastiques de la sangha continuent cette tradition et se retrouvent pour pratiquer ensemble pendant trois mois tous les ans.

Cette retraite de “la Saison des Pluies” est une pratique monastique traditionnelle et est particulièrement destinée aux laïcs qui sont déjà familiers avec les pratiques du Village des Pruniers. Nous avons interrogé 4 d’entre eux, Aurélien (France), Rasmus (Danemark), Charlène (France), séjournant tous trois au Hameau du Haut, et Kitty (Royaume-Uni) qui est basée au Hameau Nouveau pour cette retraite.

Comment avez-vous connu le Village des Pruniers et Thich Nhat Hanh ? Et qu’est-ce qui vous a décidé à participer à la Retraite des Pluies?

Aurélien : Dans la sangha de Toulon d’où je viens, une connaissance m’a parlé plusieurs fois du Village des Pruniers. Puis, il y a environ un an, j’ai lu “Le silence foudroyant” de Thich Nhat Hahn, sans savoir qui c’était. Quand je l’ai découvert, j’ai vu ça comme un signe (encore un!) m’indiquant que j’avais quelque chose à faire au Village des Pruniers. 

J’ai participé à une première retraite en avril cette année, pendant une semaine. Puis je suis venu à la Retraite des Pluies. D’abord parce que c’est un pré-requis pour être aspirant. Puis, parce que c’est une expérience exceptionnelle, unique. En fait, mon choix d’être aspirant avait déjà été fait avant, mais je ne savais pas où. L’aspect communautaire me rebutait un peu, mais j’ai vraiment compris l’intérêt d’appartenir à une sangha et le sens de ce mot en venant au Village des Pruniers. 

Charlène : Moi aussi, c’est un ami qui venait souvent au Village des Pruniers qui m’en a parlé à plusieurs reprises, puis un autre… puis un livre… de Thich Nhat Hanh. J’ai fait le lien et je me suis dit qu’il fallait que j’y aille. J’ai d’abord participé à la Retraite de Printemps en 2018 au Hameau du bas, pendant une semaine. C’était une découverte, j’y allais surtout pour moi-même à cette époque-là. Puis, j’y suis retournée en juin de cette année pour la Retraite Business. Mon aspiration était différente, je voulais être avec la sangha, être moins centrée sur moi et explorer la dimension d’éveil collectif qui caractérise le Village des Pruniers. C’était très fort… Lors de cette retraite, j’ai rencontré beaucoup d’entrepreneurs, comme moi, qui ont témoigné de l’importance de savoir s’arrêter. Alors qu’auparavant j’étais stressée à cette idée, j’ai réalisé que je pouvais aussi m’autoriser à m’arrêter. Puis, c’est mon corps qui a dit stop, je me suis blessée. C’est alors que j’ai décidé de participer à la Retraite des Pluies. Je suis ici avec mon compagnon et une fois sur place, nous avons finalement décidé de rester 1 an. Avant de partir, nous voulions sous-louer notre appartement pour 3 mois et nous n’avions trouvé qu’une personne qui souhaitait le reprendre de manière permanente. Rien n’arrive par hasard… 

Kitty : Il y a 30 ans, ma mère a acheté une maison non loin du Village des Pruniers, sans savoir qu’il y avait un monastère bouddhiste tout proche. Puis, un jour de l’année 1995, elle en a entendu parler et l’a visité. Voilà comment je suis arrivée ici : elle m’a fait connaître l’endroit, et Thich Nhat Hanh. En 1996, elle m’a demandé de venir assister à une retraite de 21 jours. Bien qu’étant alors enceinte, je suis venue. J’ai d’ailleurs dormi durant de nombreuses sessions (elle sourit). Mais j’étais suffisamment réveillée pour être profondément touchée par les enseignements de Thay sur le Sutra du Coeur. J’ai appris à suivre ma respiration. 

Les années suivantes, je me suis éloignée de mon chemin du Dharma*, mais par la suite, comme la pleine conscience faisait partie intégrante de mon travail en danse-thérapie et en massage shiatsu, cela m’a permis de renouer avec la pratique bouddhiste.

Je suis venue à cette Retraite des Pluies suite à une retraite sur les neurosciences au Village des Pruniers et aussi après avoir fait du bénévolat durant la retraite d’été au Hameau Nouveau. La principale raison qui m’a amenée au Village des Pruniers était et est d’apprendre à vivre avec les autres. Je veux développer ma capacité à vivre et à pratiquer au sein d’une communauté. Au-delà de cela, j’aime simplement cette immersion profonde dans la pratique du Dharma qui nous est donnée dans la Retraite des Pluies.

Durant ce temps que je passe ici au Hameau Nouveau, je suis en train de regarder profondément pour décider de mon chemin.

Rasmus : De mon côté, je pratiquais la méditation depuis plusieurs années lorsqu’il y a trois ans, un de mes amis m’a parlé du Village des Pruniers comme étant le meilleur endroit pour apprendre et pratiquer la pleine conscience. J’ai alors lu Thich Nhat Hanh, et je suis venu il y a deux ans et demi passer une semaine au Village des Pruniers. J’y suis ensuite retourné l’hiver suivant pour une retraite de trois semaines. Dès que je suis arrivé, j’ai su que c’était là que j’avais envie d’être. Cette Retraite des Pluies est cependant la première fois que je reviens depuis la retraite d’hiver en 2017-2018. Cette année au mois de mai, j’ai quitté mon job et le 2 juin, j’ai commencé à voyager depuis Copenhague jusqu’au Village des Pruniers. J’ai marché lentement, en pleine conscience, et je n’avais ni téléphone mobile ni aucune connection internet. Je suis arrivé ici après trois mois.

Qu’est-ce que vous espérez trouver pendant cette retraite? Quelles sont vos aspirations?

Charlène : D’abord, je voudrais trouver la constance… la continuité dans la pratique. Je suis plus à l’aise avec l’impermanence qu’avec la routine et le quotidien. Je voudrais apprendre à apprécier les choses qui se répètent. Ici, c’est l’endroit idéal pour ça. Aussi, je voudrais travailler à mieux vivre avec moi-même, avec mon partenaire et avec la communauté. Par exemple, j’essaye de moins réagir quand je me sens blessée, ou de ne pas réagir tout de suite en tout cas. C’est tout un travail pour moi.

Je voudrais aussi refaire le pont entre ma spiritualité et mon quotidien. Je peux être très tête en l’air, manquer de présence dans les actes de tous les jours. Alors que je suis par ailleurs très spirituelle. Je voudrais apprendre à être spirituelle, même dans mes actes quotidiens. Enfin, je veux apprendre à mieux respirer. J’ai une mauvaise respiration. 3 mois, ça me semblait bien pour réapprendre. Après un mois, ça commence déjà à agir !

Rasmus : Mon aspiration est d’acquérir une vue plus claire de ce qu’est l’amour véritable. Un jour pendant que j’étais ici, j’ai entendu Frère Phap Thien dire que lorsque l’on a pratiqué suffisamment longtemps, on sait de qui tomber amoureux. Je crois que j’ai trouvé la bonne personne, et je suis ici pour améliorer ma capacité à développer une relation saine, durable et soutenante. Quant aux espoirs, je n’en ai pas. Je verrai juste ce qui arrive, je me concentre sur ma méditation et sur cet art de vivre en pleine conscience.

Aurélien : Personnellement, mon aspiration en venant ici était d’explorer, de découvrir avec bienveillance la vie monastique, les autres, le lien. La souffrance aussi…

Kitty : La paix… Particulièrement, j’espère trouver la paix que je pourrai ensuite ramener dans le monde… Mon aspiration pour cette retraite est d’apprendre à accepter et supporter la peur, et de déterminer si je veux devenir moniale.

Quels sont les meilleurs et les pires moments de vos journées en général?

Kitty : Le meilleur moment de ma journée est le service en pleine conscience. Je travaille entre autres sur le programme de recyclage au Hameau Nouveau et j’ai trouvé une grande joie à travailler avec la sangha**. Le moment que j’apprécie le moins est quand on s’assied pendant parfois une heure entière pour chanter en vietnamien après la méditation du matin.

Aurélien : J’ai des hauts et des bas. J’ai l’impression d’être plus sensible. Je passe de la sérénité à la colère, au calme. Oui, je me découvre plus sensible, plus à l’écoute aussi. Et je me sens heureux d’être là. Chaque journée est ponctuée de moments chouettes (le lever du soleil sur les étangs de lotus et les marches silencieuses par exemple). Chaque jour, je vis une dizaine de bons moments à savourer. Mon pire moment… je dirais la douche froide le matin (il rit).

Charlène : J’aime beaucoup les temps de travail. La méditation de service, et aussi tous les petits gestes qu’on fait pour aider. J’aime travailler. Mais dans la vie de tous les jours, quand on travaille, on est stressé. Il y a le stress de la performance. Ici, on travaille dans la bienveillance. Cela permet d’être efficace et présent en même temps. J’aime aussi les marches méditatives. Je les apprécie de plus en plus, elles ont un effet apaisant, presque berçant sur moi… Quant à mes pires moments? Il n’y en a pas pour le moment !

Rasmus : Le meilleur moment pour moi est la méditation assise. Le pire fut de chanter, mais je commence à aimer cela de plus en plus. Je dirais que mon plus gros problème est l’aération du dortoir. Les conditions de vie ne sont pas bonnes, c’est la raison pour laquelle les Frères ont besoin de notre aide pour améliorer les installations du Hameau du Haut (pour plus d’informations, cliquer ici).

Que diriez-vous à quelqu’un qui pense à participer à la Retraite des Pluies ?

Rasmus : Je lui dirais “si tu es en train d’y penser, FAIS-LE !”. Si vous avez le sentiment que cela peut être une bonne chose pour vous, ça l’est probablement. Si vous vous sentez heureux et en bonne santé, le Village des Pruniers est le bon endroit pour vous. Si vous ne l’êtes pas, le Village des Pruniers est définitivement le bon endroit pour vous.

Charlène : Je suis du même avis que Rasmus, fais-le ! Si tu as peur des conditions de vie, rassure-toi, ça va aller, tu vas t’adapter. Je veux dire… La question à se poser est davantage “est-ce que j’ai envie d’y aller?” que “qu’est-ce qui m’en empêche?” Il ne faut pas hésiter ! Par rapport aux retraites d’une semaine, les liens que l’on tisse avec les moines et moniales, avec les autres retraitants sont plus forts. Le sentiment d’appartenance à la communauté est plus fort et plus simple parce qu’on a le temps de s’adapter. Cela demande moins d’efforts.

Aurélien : Que s’il se pose la question, c’est bon signe, qu’il vienne ! Je lui dirais qu’il faut laisser aller les pensées comme “j’y vais/ j’y vais pas?”, “qu’est-ce que je fais?”, “qu’est-ce que j’attends?” car si les questions se posent, c’est qu’il faut y aller…

Kitty : Ma première réponse serait : « Oui, vas-y ! ». Mais bien sûr, je reconnais aussi que cela dépend de la personne à laquelle je m’adresse. Je pense qu’il faudrait presque un « avertissement santé » pour la Retraite des Pluies de par l’intensité du travail et de la pratique. Cependant, la retraite peut générer une profonde satisfaction, et je la recommanderais à chacun(e) qui se sent intéressé(e) et prêt(e) à vivre cet engagement profond.

Pour en savoir plus sur la Retraite des Pluies : https://villagedespruniers.net/retreats/info/retraite-des-pluies-2019/ 

Just a simple monk!

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