Questions sur l’environnement

Chère Sangha, aujourd’hui nous sommes le dimanche 18 mars de l’an 2012, nous sommes au Hameau du Haut pendant la retraite de printemps.

Salle de meditation du Hameau du Haut entourée de fleurs

 

Beaucoup d’entre nous savent que l’éternité peut être touchée dans ce moment présent, et que le cosmos peut être vu dans la paume de nos mains. Mais nous avons besoin de pleine conscience et de concentration afin de toucher l’éternité dans le moment présent et de voir le cosmos tout entier dans la paume de nos mains. Vous n’êtes plus ce minuscule corps, vous êtes le cosmos tout entier. Et votre minuscule corps contient le cosmos tout entier en lui. Toutes les générations du passé et du futur sont là, dans votre minuscule corps, et si vous avez cette vision profonde, il est facile de toucher l’éternité dans le moment présent.

Nous avons reçu un certain nombre de questions  d’un magazine de Londres concernant l’écologie et nous allons essayer d’offrir des éléments de réponses.

  1. Croyez-vous que les humains puissent éviter un effondrement écologique mondial, ou nous dirigeons nous inévitablement vers lui?
  2. La population urbaine à travers le monde grandit. Que faire si quelque chose se perd à cause de notre tendance croissante à être une espèce urbaine?
  3. Sommes-nous une espèce vulnérable, contrôlons-nous encore notre destinée?
  4. Beaucoup soutiennent la recherche de solutions techniques à nos problèmes écologiques, par exemple en reflétant les rayons du soleil, en absorbant les émissions de carbone, ou en produisant la viande en laboratoire. Est-ce l’approche juste?
  5. La plupart d’entre nous en Occident sommes encore attachés à un mode de vie de sur-consommation. Nous aimons acheter des choses nouvelles et excitantes. Y a t-il un mode de vie alternatif assez fort qui puisse nous convaincre de quitter ce mode de vie?
  6. Pouvons-nous trouver un nouveau modèle qui puisse nous aider à vivre de façon plus durable avant qu’il ne soit trop tard?
  7. Quelle est la partie la plus difficile du mode de vie que vous avez choisi de suivre, et comment attirez-vous les jeunes?
  8. Pouvons-nous essayer de concilier le contentement financier et spirituel, ou sont-ils mutuellement exclusifs?
  9. La plupart des écologistes réduisent les problèmes que nous rencontrons à deux points: la surconsommation et la surpopulation. Où vous situez-vous?

Croyez-vous que les humains puissent éviter un effondrement écologique mondial, ou dirigeons-nous inévitablement vers lui ?
Sommes-nous une espèce vulnérable, contrôlons encore notre destinée ?

La National Wildlife Federation nous dit que chaque jour, environ cent espèces d’animaux et de plantes sont détruites par la déforestation. L’extinction des espèces prend place chaque jour. En une année, il peut y avoir deux cent mille espèces qui s’éteignent. C’est ce qui se passe. Ce n’est pas un problème futur, cela se passe maintenant. Et nous savons qu’il y a deux cent cinquante et un millions d’années, il y a déjà eu un réchauffement planétaire causé par des éruptions volcaniques gigantesques, qui ont causé la pire extinction de masse de l’histoire de la planète. La température globale a augmenté de 6 degrés, et ce fut assez pour tuer jusqu’à quatre vingt quinze pour cent des espèces vivantes sur Terre. Et maintenant, un deuxième réchauffement planétaire se produit, cette fois à cause de la déforestation et de l’industrialisation des activités humaines. Peut-être que dans cent ans, il n’y aura plus d’humains sur la planète. Après la disparition de quatre vingt quinze pour cent des espèces sur Terre causées par cette extinction de masse, la Terre mit cent millions d’années afin de restaurer la vie comme nous la voyons maintenant. Cent millions d’années. Si notre civilisation disparaît, cela prendra aussi du temps pour qu’une autre civilisation réapparaisse. Quand les éruptions volcaniques se produisirent, le dioxyde de carbone s’accumula, créant l’effet de serre. C’était il y a deux cent cinquante et un millions d’années.

Aujourd’hui, l’accumulation du dioxyde de carbone provient de notre propre style de vie, et de notre activité industrielle. Si la température augmentait de six degrés centigrades, alors quatre vingt quinze pour cent des espèces sur Terre mourraient, y compris les Homo sapiens. C’est pourquoi nous devons apprendre comment toucher l’éternité avec nos inspirations et expirations. Selon les enseignements bouddhistes, il n’y a ni-naissance ni-mort. Après l’extinction, les choses réapparaissent sous d’autres formes. Donc nous devons respirer très profondément afin de reconnaître le fait, que nous, humains, pouvons disparaître dans seulement une centaine d’années sur Terre. Et nous devons apprendre à accepter ce fait difficile. Nous ne devons pas être submergés par le désespoir. La solution consiste à apprendre à toucher l’éternité dans le moment présent. Nous avons parlé de l’environnement comme quelque chose qui est différent de nous, mais nous sommes l’environnement. Les éléments non-humains sont notre environnement, mais nous sommes l’environnement des éléments non-humains, donc nous sommes un avec l’environnement, nous sommes l’environnement. Nous sommes la Terre, et la Terre a la capacité de restaurer l’équilibre.

La population urbaine à travers le monde grandit. Que faire si quelque chose se perd à cause de notre tendance croissante à être une espèce urbaine ?

La vie en ville et la vie à la campagne sont connectées. La campagne doit nourrir la ville, c’est pourquoi la campagne  change et se voit contaminée par de nombreuses choses. La campagne doit utiliser beaucoup d’antibiotiques, de pesticides, d’insecticides, afin de fournir aux villes la nourriture et des choses comme ça, donc la campagne n’est plus sûre. Mais si nous retournons à la campagne et que nous continuons à surconsommer, il n’y a pas de solution. Que nous soyons en ville ou à la campagne, nous perdons beaucoup. Maintenant, à la campagne, nous avons plus de chance de toucher la nature, de toucher la Terre. C’est un peu plus facile de se guérir avec la pratique de toucher la Terre à la campagne. Mais la campagne perd aussi ses qualités pour approvisionner la ville.

 

 

Beaucoup soutiennent la recherche de solutions techniques à nos problèmes écologiques, par exemple en reflétant les rayons du soleil, en absorbant les émissions de carbone, ou en produisant la viande en laboratoire. Est-ce l’approche juste à avoir ?

Cela peut aider, mais ce n’est pas suffisant. Ce dont nous avons besoin, c’est de la transformation de notre conscience, de notre idée du bonheur, de notre style de vie. C’ est lié à la cinquième question :

« La plupart d’entre nous en Occident sommes encore attachés à un mode de vie de sur-consommation. »

Dans les pays asiatiques, les gens font pratiquement la même chose.

« Nous aimons acheter des choses nouvelles et excitantes. Y a t-il un mode de vie alternatif assez fort pour nous convaincre de quitter ce mode de vie de sur-consommation ? »

Nous cherchons le bonheur, mais il y a de la souffrance en nous, un grand vide, c’est pourquoi nous cherchons des choses à l’extérieur pour remplir notre vide intérieur. C’est notre situation. Nous devenons malades. Nous ne nous sentons pas en paix avec nous-même, nous avons un grand vide à l’intérieur, et nous ne savons pas comment le remplir. Alors nous cherchons la consommation. Nous pensons que si nous pouvons acheter des choses nouvelles et excitantes, nous pouvons oublier le vide à l’intérieur. Mais cela ne semble pas avoir d’effet. Nous achetons plus et plus, mais nous ne sentons pas de satisfaction.

Nous avons besoin d’amour, nous avons besoin de paix, mais nous ne savons pas comment créer l’amour et la paix. Alors nous cherchons d’autres choses afin de couvrir cette souffrance, cette sorte de vide en nous. Bien sûr, il doit y avoir un mode vie qui pourrait nous aider à créer l’amour et la joie, et nous n’avons pas besoin d’aller au marché et d’acheter des choses. Et à moins que vous sachiez comment créer ce mode de vie, vous continuez à acheter des choses. Supposons que vous sachiez comment vous réjouir de la méditation marchée, avec de l’entraînement, vous savez comment ramener votre esprit à votre corps, afin que votre corps et votre esprit soient ensemble. Et quand votre esprit et corps sont ensemble, vous êtes vraiment là, et vous pouvez reconnaître que la pluie est merveilleuse, que les arbres sont beaux, que l’air est encore frais, et vous pouvez vous réjouir d’inspirer, d’expirer, et de toucher les merveilles de la vie dans le moment présent. En fait, si nous ramenons notre esprit au corps, si nous savons comment stopper nos pensées, alors nous serons établis dans le moment présent. Nous sommes pleinement conscients de notre corps, pleinement conscients de se qui se passe dans notre corps et autour de nous, nous pouvons toucher les merveilles de la vie qui sont disponibles dans l’ici et maintenant. Nous sommes capables de voir que notre corps est une merveille. Il y a beaucoup de merveilles dans notre corps, dans notre esprit aussi. Et quand nous regardons l’environnement, nous voyons qu’il y a aussi tellement de merveilles. En fait, ce moment présent est plein de merveilles, et parce que nous ne savons pas comment toucher ces merveilles, nous ne savons pas comment apprécier la vie, apprécier ce qui est là, nous courons pour atteindre quelque chose dont nous pensons que cela nous rendra heureux. Supposons que nous apprenions les Cinq Entraînements à la Pleine Conscience. Les Cinq Entraînements à la Pleine Conscience sont un mode de vie né d’une vision appelée inter-être. Tout est connecté à tout le reste. Votre bonheur et le bonheur des autres espèces inter-sont. Si vous êtes en bonne santé, si vous êtes heureux, alors toutes les formes de vie peuvent en profiter. Si vous êtes malades et que vous souffrez, alors toutes les espèces souffrent avec vous. Et l’inter-être vous aide à voir que vous êtes liés à toutes les autres choses, et pour vous protéger, vous devez protéger la nature et toutes les autres espèces. La vision de l’inter-être vous aidera à supprimer la discrimination, la peur, la colère, vous fera vous sentir mieux en vous.

Premier entraînement : Protection de la vie

Le premier entraînement consiste à protéger la vie, votre vie et celle des autres. Votre vie et la vie des autres espèces sont liées. Quand vous essayez de protéger la vie des autres espèces, vous protégez votre propre vie. Afin de nous protéger nous-mêmes, nous devons protéger les autres, et c’est la pratique du premier entraînement à la pleine conscience. Quand vous inspirez, en pleine conscience, vous pouvez voir que la Terre mère est en vous, et que vous êtes en la Terre mère. Et cette sorte de vision profonde vous aide à supprimer votre peur de mourir, et vous aide à voir qu’afin de vous protéger vous-même, vous devez protéger la Terre mère. Protéger la Terre mère c’est vous protéger vous-même. Protéger les autres espèces est se protéger soi-même, c’est très clair. C’est le premier des cinq entraînements à la pleine conscience. Si vous pensez que vous êtes assez intelligent comme espèce, alors vous pouvez être capable d’utiliser votre talent, votre technologie, votre amour, votre vision profonde, afin de protéger la vie des autres espèces. Et même si vous êtes la plus jeune des espèces sur Terre, vous pouvez jouer le rôle d’un frère aîné, d’une soeur aînée, et essayer de vous occuper du bien-être des autres. C’est une chose très belle à faire, et c’est ce que la Terre mère attend de vous, les homo-sapiens. Donc protéger la vie est une joie, c’est un acte, c’est une sorte de mode de vie qui vient de la vision profonde de l’inter-être. Vous le faites pour vous-même, parce que la vie est une, la vie ne peut pas être découpée en plusieurs morceaux. Et vivre de telle façon qui vous aide à protéger la vie peut vous apporter beaucoup de joie, parce qu’il y a l’amour. Et quand vous avez l’amour en vous, vous n’avez pas besoin de courir et d’acheter des choses, parce que l’amour est épanouissant, l’amour vous rend paisible et heureux.

Second entraînement : Bonheur véritable 

Le deuxième entraînement à la pleine conscience est le bonheur véritable. Si nous réalisons que le bonheur ne peut pas être possible en faisant de l’argent et achetant des choses, nous devrions savoir comment générer et créer le bonheur véritable. Le vrai bonheur est possible. Nous devrions arrêter de courir après la gloire, le pouvoir, la richesse et les plaisirs sensuels, nous devrions reconnaître les merveilles de la vie qui sont disponibles dans le moment présent. Nous devrions être capables de nous aider nous-même et les autres personnes à moins souffrir. C’est quelque chose de très concret à faire, qui appartient au mode de vie que nous cherchons.

 

Troisième entraînement : Amour véritable

Le Troisième Entraînement à la Pleine Conscience concerne l’amour, l’amour véritable, cultiver l’amour vrai. Donc pour le Troisième Entraînement nous devons apprendre comment générer l’énergie de la bonté aimante, de la compassion, de la joie, et de la non-discrimination. C’est l’art d’aimer. Et si vous êtes trop occupés, si vous pensez seulement à consommer, comment avez-vous le temps d’aimer ? Nous avons appris une chose grâce au Troisième Entraînement à la Pleine Conscience. Le désir sexuel et l’amour sont deux choses différentes, parce que l’amour peut seulement construire, guérir, reconstruire. Et nous avons appris comment nous aimer nous-même. Nous devons apprendre comment prendre soin de notre corps, relâcher les douleurs dans notre corps, et il y a des façons très concrètes de le faire. Vous savez comment pratiquer toucher la terre par la méditation marchée, en vous allongeant, en laissant la nature vous guérir. Vous savez comment relâcher les tensions de votre corps, pour réduire les douleurs de votre corps, ne pas travailler trop durement physiquement. Toutes ces choses, nous pouvons les faire. Mais si vous êtes tellement occupés à gagner de l’argent afin d’acheter des choses, vous n’avez pas le temps de faire cela. Et il y a ceux d’entre nous qui savent comment organiser leur vie de façon à avoir assez de temps pour aimer, pour prendre soi d’eux et de prendre soi des autres autour d’eux. À chaque fois que vous êtes en contact avec la souffrance, et que vous comprenez la souffrance en vous-même et dans les autres, vous laissez l’énergie de la compassion s’élever. En fait, à chaque fois que nous entrons en contact avec la souffrance en nous, nous sommes conscients que la souffrance est là, à chaque fois que nous regardons profondément dans la nature de la souffrance, et voyant les causes de la souffrance, la compassion en nous naît comme sorte d’énergie, que la souffrance soit en nous ou en l’autre. Donc entrer en contact avec la souffrance et laisser l’énergie de la compassion s’élever est quelque chose que nous pouvons faire, à condition que nous ne soyons pas trop occupés à gagner de l’argent et à acheter des choses. L’énergie de la compassion peut guérir, peut nous guérir, guérir l’autre et guérir la Terre. Apprendre comme générer une sensation de joie, de bonheur, en touchant les merveilles de la vie, et générer la compassion en touchant la souffrance, en comprenant la souffrance, ce sont des choses que chacun de nous peut faire, qui appartiennent au mode de vie qui peut nous guérir et guérir la Terre.

Quatrième entraînement : Parole aimante et écoute profonde

Et quand l’énergie de la compassion est née, nous sommes capables d’écouter avec compassion, et d’utiliser la parole aimante et de restaurer la communication. Chacun d’entre nous peut le faire. Juste quatre, cinq jours d’entraînement. Cela arrive toujours dans nos retraites. Donc c’est une partie du mode de vie que vous cherchez. C’est là. C’est un noble mode de vie à vivre, et vous n’avez pas besoin d’être bouddhiste pour suivre cette sorte de mode de vie.

Cinquième entraînement : Transformation et guérison

Le cinquième entraînement à la pleine conscience concerne la nourriture et la guérison. La plupart d’entre nous sont malades. Nous ne savons pas comment revenir en nous pour trouver la guérison. Nous ne savons pas comment générer l’énergie de la compassion et de la joie afin de nous guérir. Nous comptons seulement sur les médicaments, les antibiotiques, la chirurgie.

C’est la pratique clé, la consommation. Nous ne pourrons sortir de cette situation difficile désespérante qu’en faisant une révolution dans la façon dont nous consommons. Donc la consommation en pleine conscience est la porte de sortie.

Avons-nous trouvé un nouvel schéma qui puisse nous aider à vivre de façon plus durable avant qu’il ne soit trop tard?

La réponse est la même que celle à la question précédente.

Quelle est la partie la plus difficile du mode de vie que vous avez choisi de suivre, et comment attirez-vous les jeunes gens ?

Je ne pense pas m’être privé de quoi que ce soit en choisissant de devenir moine. En fait, je me réjouis de la vie monastique. Par exemple, quand nous suivons un régime végétarien, nous sommes très heureux de pouvoir le faire. On ne souffre pas en ne mangeant pas de viande et ne buvant pas d’alcool. En fait, on est très heureux. C’est une chance d’être capable d’être végétarien, parce qu’on sait qu’on n’a pas besoin de manger la chair des autre espèces pour vivre, et qu’on peut aider à protéger la vie. Nous devons apprendre à manger de façon à préserver notre planète et à réduire la souffrance des êtres vivants, c’est pourquoi manger végétarien peut être une grande joie, spécialement quand vous savez comment cuisiner. En fait, nous devons produire un livre de cuisine pour montrer aux gens qu’ils peuvent obtenir beaucoup de joie et de bonheur simplement en mangeant végétarien.

Et puis nous savons que la vie d’un moine est beaucoup plus facile que la vie d’un pratiquant laïc, parce qu’en tant que moine, on vit dans une communauté, et on suit la communauté qui pratique la méditation assise, la méditation marchée, c’est tellement facile. On sait aussi que le troisième entraînement à la pleine conscience, à propos de la conduite sexuelle, est beaucoup plus facile pour un moine à pratiquer que pour une personne laïque. Le plus facile pour pratiquer est d’être moine. Croyez-nous. Nous ne nous privons de rien, en fait, nous avons beaucoup de joie à vivre ensemble, nous avons beaucoup de temps pour construire la fraternité qui nous soutient. L’amour romantique ne dure pas aussi longtemps que la fraternité. Notre suggestion, c’est que nous ne devrions pas continuer à courir dans les villes, mais nous devrions essayer de créer des communautés à la campagne, comme le Village des Pruniers. Vous pouvez créer une communauté laïque, et ce n’est pas nécessairement une communauté bouddhiste, juste une communauté. Nous pouvons partager nos voitures, nos tracteurs. La présence des enfants dans une communauté est merveilleuse. Et vous n’avez pas besoin d’être père ou mère afin de vous réjouir de la présence des jeunes, des enfants. Je suis devenu moine à l’âge de seize ans, et je n’ai pas souffert de ne pas avoir d’enfants, parce que j’ai tellement d’enfants spirituels, monastiques, et d’enfants laïcs. Je me réjouis beaucoup de m’asseoir avec eux, de marcher avec eux. Dans nos retraites, les enfants se réjouissent aussi de tenir ma main, et de faire la méditation marchée, alors je ne sens pas que je suis privé d’enfant. Dans une communauté, même si vous n’avez pas d’enfants, vous pouvez vous occuper des enfants des autres comme de vos propres enfants. Vous pouvez établir votre propre école, où vous pouvez leur enseigner les cinq entraînements à la pleine conscience, l’art d’être heureux, comment respirer, comment se relaxer, comment construire la fraternité. Vous pouvez établir une communauté comme le Village des Pruniers où quelques centaines de personnes vivent ensemble, et partagent les appartements, les voitures. Vous ne devez pas utiliser beaucoup de voitures, vous pouvez réduire le nombre de voitures de deux tiers. Parce qu’en ville, chaque maison a une ou deux voitures, chaque personne ayant besoin d’un véhicule pour aller étudier ou travailler. C’est trop. Mais vivant dans une communauté de deux ou trois cent personnes, vous utilisez beaucoup moins de voitures, vous pouvez utiliser les voitures de la communauté. Vous pouvez partager les réfrigérateurs, vous pouvez partager les tracteurs, vous pouvez jardiner ensemble, vous pouvez construire une école, un parc, et vous pouvez vous réjouir des enfants des autres couples, comme dans mon cas.

Donc je ne me suis privé de rien. La chose la plus difficile est peut-être d’apprendre comment dire non aux requêtes de retraites, d’organiser des retraites. C’est la chose la plus difficile à laquelle nous, au Village des Pruniers, devons faire face. Parce que partout, les personnes nous demandent de venir, et d’organiser des retraites, mais on ne peut pas toujours dire oui. Nos coeur est brisé quand nous devons dire non, à l’Indonésie, à la Malaisie, à Singapour, mais nous devons apprendre à dire non. La même chose est vraie avec l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud, l’Europe… Il y a tellement de retraites déjà, nous ne pouvons pas nous permettre d’en offrir plus, et c’est pourquoi je pense que s’il y a une chose la plus difficile dans notre vie, c’est de dire non, parce que le besoin d’avoir des retraites est partout.

 Et comment attirez-vous les jeunes ? 

Nous n’essayons pas du tout d’attirer les jeunes. Ils viennent simplement. Quand ils viennent à nos retraites, ils voient qu’il y a la fraternité, et c’est ce dont nous avons le plus besoin dans notre vie. Beaucoup de jeunes ont fait l’expérience de l’amour romantique et ont souffert, et quand ils viennent au temple Prajna, par exemple ils voient une pure fraternité, ils peuvent être eux-même, ils peuvent être nourries par cette sorte d’énergie de fraternité. C’est pourquoi construire une communauté, et construire la fraternité, comme un élément pour nous guérir, c’est très important, vous pouvez dévouer votre vie à faire ça. Alors au lieu d’aller dans les grandes villes, pour respirer cet air tellement pollué, vous pouvez vous organiser pour créer beaucoup de petites communautés à la campagne, et essayer de vivre de façon à protéger la Terre mère, l’environnement. Nous pouvons travailler, nous pouvons aussi jardiner, et nous pouvons le faire ensemble comme au Village des Pruniers. Vous pouvez utiliser vos talents afin de servir la communauté, à construire la fraternité, un mode de vie alternatif. Je pense que les cinq entraînements à la pleine conscience sont la direction que nous suivons. Donc si les jeunes viennent à nous, ce n’est pas pour les
enseignements du Dharma que nous offrons, ou quoi que ce soit d’autre, c’est pour la joie, le bonheur, généré par la fraternité. Et notre pratique quotidienne c’est cela, générer l’énergie de l’amour, de la fraternité. Cela devrait être un parti politique en France, capable de générer la fraternité. Nous savons que la fraternité, est importante, mais nous ne faisons qu’en parler, nous ne savons pas comment générer la fraternité. Donc s’il y a un parti politique qui a le pouvoir de générer la fraternité, nous rejoindrons ce parti politique. Mais beaucoup de personnes en parlent seulement. Etablir des petites communautés comme cela générera vraiment l’énergie de la fraternité. Beaucoup de personnes dévouent leur vie à la construction de sanghas afin de générer cette énergie que vous ne pouvez pas acheter au supermarché.

Pouvons-nous essayer de concilier le contentement financier et spirituel, ou sont-ils mutuellement exclusifs ?

Pouvons-nous être en même temps riches et spirituels ? Avons-nous besoin d’être riche ? Avons-nous besoin de faire de l’argent ? Au Village des Pruniers, nous avons aussi besoin d’argent, mais pas pour consommer inutilement. Nous avons besoin d’argent pour organiser des retraites, pour louer des bus, pour construire des résidences pour la sangha, pour construire une salle de méditation. Quand nous allons en ville, nous avons besoin d’argent afin d’acheter les tickets de train ou de bus pour les enseignants du dharma, les frères et soeurs monastiques, parce que nous savons que la transformation et la guérison dans une retraite nécessite la présence de suffisamment d’enseignants du dharma et de pratiquants monastiques. La première fois que nous sommes allés en Amérique du Nord pour une retraite, avec trente monastiques, un homme d’affaires a rendu cela possible. Il ne pensait pas que nous pourrions emmener trente monastiques en Amérique du Nord pour organiser la retraite, mais il a fait une donation afin que nous puissions acheter trente billets d’avion pour trente monastiques. Et en fait, si Thây part seul, il peut aussi organiser une retraite, mais le résultat de la retraite ne peut pas être comparé avec celui d’une retraite avec trente monastiques. Les gens ont vu l’avantage d’avoir des monastiques dans une retraite, et c’est pourquoi à chaque fois que nous allons en Amérique, nous emmenons trente monastiques ou plus. Nous ne cherchons pas de soutien financier pour acheter des choses nouvelles et excitantes, mais pour augmenter notre capacité d’hébergement pour les retraites, ou pour emmener plus de monastiques pour une retraite à l’étranger, pour construire une salle de méditation plus grande, ou des résidences monastiques. L’argent est toujours venu. Si notre pratique spirituelle porte des fruits, alors il y a des amis qui nous aident sur le plan financier.

Mais il est très clair que la pratique spirituelle apporte beaucoup de bonheur, d’amour, et d’accomplissement. Et vous n’avez pas besoin de beaucoup d’argent pour être heureux, ce n’est plus un problème. S’il y a plus d’aide financière, alors beaucoup plus de personnes profiteront de la pratique, et si nous sommes limités par les conditions financières, le nombre de pratiquants n’augmentera pas, mais nous ne sacrifierons pas notre pratique, notre vie spirituelle, pour le bien de réalisation financière.

La plupart des écologistes réduisent les problèmes que nous rencontrons en deux points: la surconsommation et la surpopulation. Où vous situez-vous ?

Bien sûr, nous devons réduire notre consommation. Nous devons consommer de façon à réduire la souffrance des espèces sur Terre. C’est très clair. Mais nous devons aussi réduire la population. Et être moine ou nonne est une des façons de réduire la surpopulation, alors je vous invite à nous rejoindre comme moines et nonnes. Si vous pouvez créer de petites communautés, si vous pouvez établir des écoles, et prendre soin des enfants d’autres couples, les enfants ne vous manquent pas. Donc, basé sur ma propre expérience, comme moine, je ne me suis privé de rien dans la vie. En fait, je me réjouis beaucoup, et bien que je n’aie pas d’enfants de sang, je sens que j’ai beaucoup d’enfants, et ils me donnent beaucoup de joie, et d’énergie, et de fraîcheur. Donc je pense que nous devons agir sur deux niveaux. Nous devons réduire la consommation, et réduire la population, et c’est possible, et nous ne devons nous priver de rien, y compris la présence des enfants dans nos vies. Réjouissons-nous du reste de notre journée de pleine conscience ensemble en tant que communauté.

Enseignement donné le 18 mars 2012 en anglais, transcrit et transcrit par Pháp Thân

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