Quand les monastiques ne sont pas là …

Mettre les mains dans la terre à la Happy Farm…

Inviter la grande cloche, chanter le chant d’ouverture du matin, guider les marches méditatives, inviter la cloche d’activité… des pratiques réservées exclusivement aux monastiques? 

Et bien, les longs termes des trois hameaux du Village des Pruniers ont décidé de relever le défi  ! 

En effet, les monastiques du Village des Pruniers s’étant tous rendus au centre de l’ EIAB  en Allemagne, pour participer à la retraite monastique annuelle, les longs termes resté.e.s sur place, faisaient office de gardien.ne.s du Village. Et c’est pour la deuxième années consécutive, que les monastiques avaient donné le feu vert pour l’organisation de cette retraite faite par et pour les laïques des pruniers.

Bébé Bouddha deviendra grand

Du 14 au 23 février 2020, les longs termes des trois hameaux avaient donc «  les clés  » du Hameau du haut. Une sensation de responsabilité et d’espace pour certains mais quelques peurs pour d’autres comme l’explique Sullivan :“Au départ, je pensais que ça allait être difficile de rester dans la pratique. Pour moi, la présence des monastiques est un véritable soutien. Mais après quelques jours je me suis aperçu que nous incarnions tous la pratique. J’ai été surpris de voir à quel point nous avons su générer ensemble, de belles énergies de pleine conscience et concentration”.

En fait, l’idée de cette expérience était de responsabiliser les laïques. Mais aussi de leur permettre d’expérimenter en étant les acteurs et metteurs en scènes. C’est avec le thème de la «  sororité et fraternité  », que les 45 longs termes devaient gérer la retraite de A à Z . Ils devaient endosser des rôles habituellement réservés aux monastiques comme chanter durant les assises, guider les marches ou inviter les cloches. 

Noémie, raconte l’un de ses plus beau moment de la retraite : “Pour moi, le premier jour était mémorable, car j’ai eu l’occasion d’inviter la grande cloche, ce qui ne se reproduira peut être plus jamais  ! Je n’avais aucune idée de comment faire. Ma meilleure amie m’a rejoint pour être mon second corps. On s’est réveillé à 5h, fatiguées mais pleines de joie et de hâte. Nous avons chanté ensemble en prenant refuge dans les trois joyaux, les Bouddhas et les Bodhisattvas. J’ai vraiment senti que nous faisions une vraie offrande à l’univers et que nous n’étions pas seules. Ça a été un moment très sacré pour nous deux.”

En amont, une enquête avait été mise en place, pour recueillir les besoins et idées des futurs retraitants. Lucile a donc pu faire preuve de créativité : “J’ai eu la chance de pouvoir guider ma première relaxation profonde. J’étais stressée au début, mais avec toute la joie que cela m’a apporté, j’ai même décidé d’improviser à la flûte traversière, vraiment une première pour moi!”

Arroser les fleurs

Ateliers shiatsu, jeux, cours de Kung-fu, les retraitants avaient façonné cette retraite sur mesures.

Mais une activité «  fil rouge  » a touché la majorités des pratiquants  : «  l’arrosage de fleurs  ». Une pratique du Village présentée de façon originale, puisque des enveloppes avec les prénoms de chaque retraitant, étaient accrochées à un fil disposé dans la salle a manger. Des petits papiers et stylos, rangés sur la table, permettaient à tous de pouvoir laisser un petit mot et de le glisser dans l’enveloppe de son choix. Une pratique qui a beaucoup plu à Fabio : “Pendant plusieurs jours, la table de la salle à manger s’est transformée en véritable usine d’amour. Tout le monde a écrit quelque chose, produisant constamment de l’amour par écrit, c’était vraiment magnifique.” 

À la fin de la retraite, chacun a pu récupérer sa petite enveloppe, bien pleine et l’ouvrir pour découvrir ces jolis arrosages de fleurs.

D’autre part, une séance “jeux pour se connaitre” était organisée pour que chacun fasse connaissance  : “J’ai démarré la retraite assez fatigué. À la Happy Farm, nous avons beaucoup de travail. Les jeux m’ont revivifié et j’ai pu créer des connexions avec les autres.. Ça m’a aider à bien commencer la retraite”, explique Matt. 

Marche méditative vers le Hameau du Bas

De plus, une journée était dédiée à la Terre, avec un enseignement sur le sujet et une après-midi à la ferme du Hameau du Bas. Avec une marche méditative à travers champs et bois pour compléter le tout.


Les organisateurs avaient aussi mis en place un repas très spécial. Le printemps ayant pointé son nez en avance, la nature a fait de même. Un repas qui avait pour objet des jonquilles, fleurs tant aimées par Thay. Le festival des jonquilles a également permis aux longs termes de pratiquer ensemble et de rendre hommage aux bodhisattvas du printemps.

Le secret d’une retraite réussi : une équipe d’organisation en harmonie

    Plusieurs retraitants s’étaient portés volontaires pour faire partie de l’équipe d’organisation. L’équipe s’est réunie plusieurs fois avant le début de la retraite. L’idée était de mettre en place un planning, des équipes de rotations, décider des activités en somme l’organisation générale de la retraite. Un défi pour des longs termes complètement novices en la matière. Une véritable pratique pour Mark qui a changé ses perceptions sur l’organisation : “ J’ai ressenti beaucoup de peurs au début de nos réunions et c’est d’ailleurs pour cela que j’ai rejoint l’équipe, pour me confronter et pratiquer avec cette anxiété. J’avais peur aussi que nous ne trouvions pas assez de personnes expérimentées pour cuisiner. Mais après quelques jours, les yeux m’en tombaient tellement que les plats étaient beaux et bons!” 

Pendant la retraite et chaque matin, les quatre membres de la “sangha des organisateurs”, se réunissaient pendant le petit-déjeuner pour partager sur le programme de la journée. “Pour moi, nos réunions ressemblaient plus à une sorte de méditation et c’était génial! Nous commencions par quelques minutes de silence, puis par partager sur notre météo intérieure.”explique Emeron.

Charlène, a elle, senti un vrai espace de confiance et de liberté pendant ces réunions : “On s’est beaucoup écouté. Chacun pouvait exprimer ses opinions avec de l’espace et une grande écoute sans se sentir jugé.”
Je crois que pendant une réunion on a rit pendant 40 minutes!” Ajoute Mark,“et je me suis dit, c’est bon, la retraite va couler toute seule. Il y a de l’harmonie et beaucoup de joie entre nous, on va pouvoir profiter de notre retraite!”

L’harmonie, la connexion entre les retraitants («  togetherness  » en anglais) était une condition indispensable au bon déroulement de cette retraite laïque, le reconnaît Emeron“Cette retraite m’a rendu très heureux. c’était la meilleure de toutes mes retraites en fait!  Nous avons eu de la chance de recevoir des instructions des long long termes (monastiques!). Le secret je pense, est de nourrir l’union et l’harmonie et d’avoir une cloche !”.
Nous voudrions remercier la communauté des monastiques pour leur confiance et nous avoir laisser ‘comme des grands’, prendre soin du hameau du Haut”ajoute Charlène avec gratitude.

Transformation et guérison

Pour la majorité des pratiquants, cette retraite aura planté de belles graines. Certains d’entre eux parlent même de guérison, grâce à une énergie collective très profonde. 

Avec la condition de pouvoir faciliter et de se retrouver la transformation est possible  :

«  J’ai guidé plusieurs chants et méditations. Cette énergie de confiance et de savoir qu’on pouvait faire des erreurs et que rien n’allait nous arriver, a permis à mon enfant intérieur de se réjouir et guérir  », raconte Fabio.

Pour d’autres, soutenir les amis était aussi une grande motivation  : «  J’ai vu des gens que j’aime faciliter et je sais combien cela pouvait être stressant. Juste d’être là, assis et présent avec eux m’a beaucoup apporté  », explique François avec émotion.

 «  Durant cette retraite j’ai éprouvé une grande liberté. Mon enfant intérieur a pataugé dans la boue pendant les marches, une expérience très intéressante et visqueuse  !  » ajoute Noémie.

Un succès donc, pour cette deuxième édition de cette retraite des longs termes. . Des responsabilités que ces derniers aimeraient continuer d’arroser durant leur année aux Pruniers  : «  J’aimerais que ça ne soit pas seulement les monastiques qui nous portent toujours, mais que parfois on puisse aussi prendre soin d’eux et être plus impliqué dans nos hameaux respectifs. En tout cas, on va continuer à arroser l’harmonie de la sangha des longs termes», dit Charlène en souriant. 

Et à Matt de conclure  : «  C’est comme quand tu es petit  : quand tu apprends à faire du vélo et que tu enlèves les petites roulettes, c’est trop gratifiant  !  ».

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2 comments on “Quand les monastiques ne sont pas là …
  1. michel says:

    La vie continue et c’est bien !

    Michel

  2. Annie Germe says:

    Quel bonheur de lire ceci, je suis seule dans mon appart, dans une petite ville d’Ardèche, j’ai eu l’impression d’être le temps de la lecture parmi vous et de vivre vos émotions, j’aimerais vivre en communauté pour de tels partages sachant que tout n’est pas idéal mais sans doute mieux que seule.un grand merci

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