Méditer pour guérir le stress de la vie urbaine

Les gens disent que la solitude et la dépression sont les plus grandes maladies de notre temps. Nous nous sentons déconnectés de nous-mêmes et des autres et, par conséquent, la vie perd toute sa joie et son éclat.

Je me souviens quand j’étais un jeune adolescent, obligé de prendre un bus rempli de gens tous les matins pour aller à l’école, pour me construire un avenir très flou et incertain. Ma seule façon d’y faire face était de mettre mes écouteurs et de jouer ma musique aussi fort que possible afin de ne pas ressentir l’inconfort et la fatigue que nous apportions tous dans le bus. Quand j’y pense, ça me fait toujours sourire. Bien que je vive maintenant au milieu d’une forêt de chênes dans la campagne française, et que ma vie ne puisse être qualifiée de stressante, je n’aime toujours pas prendre le bus. Ce sentiment est assez subtil et je le remarque à peine lorsqu’il se manifeste, mais c’est certainement l’une des raisons pour lesquelles j’ai choisi de faire à bicyclette les 26 kilomètres jusqu’au Hameau Nouveau où a lieu notre journée hebdomadaire de pleine conscience. C’est un petit résidu de la souffrance que j’ai endurée à l’adolescence.

En entendant cela, vous pourriez penser que c’est une expérience tout à fait normale, et que personne n’aime l’odeur, le bruit, la circulation et les espaces bondés de notre vie urbaine. Mais trois ou quatre ans après le début de ma vie monastique, j’ai vécu une autre expérience qui m’a beaucoup surpris et m’a changé.

Je me souviens de l’époque où la Sangha avait organisé une séance de méditation en flashmob sur une grande place à Madrid, en Espagne. Thay était là et il s’assit en silence avec toute la communauté, entouré de trente ou quarante moines et nonnes. En seulement dix ou quinze minutes, plusieurs centaines de personnes s’étaient rassemblées autour de nous, et assises ensemble comme une sangha, nous avons généré une très forte énergie de silence et de paix. Les gens se promenaient tout autour de nous. Certains se précipitaient tout simplement, ne remarquant pas du tout notre présence. D’autres levaient le regard et s’arrêtaient quelques secondes, surpris de la vue bizarre. Quelques personnes ont vu ce qui se passait et ont décidé de s’asseoir avec nous, tandis que d’autres se sont contentées de se tenir à l’extrémité de notre cercle pour prendre des photos. Soudain, j’ai pris conscience du bruit qui nous entourait. On entendait le brouhaha de la circulation et on respirait l’odeur de la ville. En observant de près mon corps et mes sentiments, j’ai remarqué qu’il y avait quelque chose d’étrange. Dans une situation semblable, je me sentirais normalement mal à l’aise , mais je me suis surpris d’avoir un sentiment très joyeux de liberté. J’entendais le bruit de la ville et pourtant “je n’étais pas elle”.

Me souvenir de ce moment me donne encore tant de bonheur. Pour la première fois de ma vie, j’ai fait l’expérience d’être au cœur de notre société urbaine et de ne pas me sentir affecté par elle. Je pouvais voir la direction vers laquelle tout le monde courait, mais je n’avais pas à suivre ! C’était un moment de libération que je chérirai pour le reste de ma vie.

Notre intention dans la vie est de prospérer et pas seulement de survivre, mais parfois nous devons faire face à des conditions difficiles. Nos villes ne sont pas construites pour s’adapter à un style de vie détendu et ludique. Mais avec une communauté d’amis, nous pouvons trouver assez d’énergie pour amener la pratique au cœur même de notre société occupée. Si nous pouvons y toucher un moment de joie, de bonheur et de liberté, nous avons obtenu une grande victoire. Aussi difficile que soit la situation autour de nous, nous ne devons pas la laisser nous priver de notre droit à générer de petits moments de bonheur. Si, par hasard, je devais reprendre le même autobus que celui que je prenais pour aller à l’école, je le ferais certainement d’une manière très différente. Bien sûr, ce serait un défi, mais je n’hésiterais pas à le relever, parce que j’espère que si je suis vraiment présent, quelque chose de surprenant arrivera un jour ou l’autre.

Frère Phap Bieu vit au Hameau du Haut, au Village des Pruniers en France. Il a été ordonné moine à l’âge de 18 ans et est devenu enseignant du Dharma cette année. Originaire d’Italie, il parle couramment l’italien, le français, l’anglais et le vietnamien. C’est un musicien talentueux et il dirige souvent les Plum Village Monastics quand ils chantent.