Visite de moines et moniales de tradition bénédictine en 2014

6-10 Octobre 2014, visite des membres du DIM-France au Village des pruniers en Dordogne.

Le Village des Pruniers, au nom plein de charme et de poésie, est un monastère bouddhiste. Il fut fondé par le maître vietnamien Thich Nhat Hanh, appelé Thây (Maître),initiateur du « Bouddhisme engagé » de « la pleine conscience » et de « la marche méditative ». Son combat pacifique, entamé durant la guerre du Viet Nam avec le moine cistercien Thomas Merton, l’a conduit à l’exil. Réfugié politique en France depuis 1972, il a créé en 1982, avec la nonne Chân Không, le « Village des Pruniers » et ne retourna au Viet Nam que 39 ans, après en 2005. Actuellement, âgé et fatigué, il vit toujours au Village des Pruniers, dans la solitude dans son ermitage.pruniers01

Dans le cadre du DIM, quatre moniales bénédictines (Jouarre, Maumont, Martigné-Briand, Urt,) et trois moines bénédictins (deux d’En Calcat, un de La Pierre qui Vire), rejoints par un frère de la Communauté Saint Jean et deux dames sympathisantes du DIM, se sont retrouvés dans ce lieu paisible de Dordogne. Les 200 moines et moniales réunis en quatre hameaux ont la plupart moins de 50 ans ! Quelques occidentaux attirés par la proposition bouddhiste ou vietnamiens exilés de leur pays, ils sont tous convaincus que le bonheur se vit au présent et va de pair avec un travail de chaque instant sur soi-même. Ils pratiquent aussi un large accueil ; chaque année des milliers de retraitants viennent du monde entier. Les Frères étaient reçus dans le Hameau du Haut, tandis que les Sœurs étaient accueillies dans le Hameau du Bas, où vivent une soixantaine de « nonnes ». Elles sont en grande majorité vietnamiennes, fort jeunes et pleines de vitalité ; on y reconnaît quelques nonnes occidentales, pratiquant trois langues successives : le vietnamien, l’anglais, le français. Un texte écrit en lettres blanches sur le fronton de l’entrée nous donnait la tonalité de ces journées : « Ecoutez bien pour mieux comprendre. Regardez bien pour mieux aimer »

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Les bâtiments de ferme, reconstruits à l’ancienne, sont disséminés dans la propriété, avec des plantations de pruniers qui ont remplacé les ceps de vigne, une serre pour les légumes, un jardin splendide où poussent des arbres aux espèces variés. Tout respire la beauté, l’harmonie, la paix.

Nous avons été accueillis comme saint Benoît le recommande dans sa Règle. Pour nous les moniales, nous  avions comme guide notre chère soeur bien connue déjà de longue date,  la bhikshuni soeur Diêu Nghiêm (Jina) (néerlandaise) ainsi que la bhikshuni sœur Dao Nghiêm (française). Dès le premier soir de notre arrivée, nous avons eu une rencontre avec la sangha (communauté) et nous avons été invitées à nous présenter : mains jointes devant nous pour prendre la parole et mains jointes à nouveau lorsque nous avons terminé de parler ; une bonne leçon de respect pour ne pas se couper la parole ! Pour conclure cette rencontre elles ont chanté :

« Le bonheur c’est maintenant, j’ai laissé tous mes soucis, Nulle part où aller, rien à faire, Pas besoin de se presser. Le bonheur c’est maintenant, j’ai laissé tous mes soucis, Quelque part où aller, quelque chose à faire, Mais à présent j’ai tout mon temps ».

Les journées sont rythmées par le son de la cloche. Le matin, à 5h,  nous étions  réveillés par un son grave, qui retentit à intervalles réguliers jusqu’à se perdre dans le silence de la nuit, chaque coup étant suivi d’une mélodie chantée par une jeune vietnamienne à la voix pure et cristalline. Comment ne pas entendre la voix du Prophète Isaïe : «  Chaque matin, le Seigneur éveille mon oreille pour que j’écoute comme celui qui se laisse instruire » (Is 50) et nous nous retrouvions au zendo  à 5h45, pour la première méditation suivie de la récitation des « Cinq Entraînements à la pleine conscience ».

Dans la journée, au moindre son de cloche, nous étions invités à arrêter nos échanges pour un moment afin de  nous recentrer sur l’essentiel,  la terre sur laquelle nous marchons,  le grand univers auquel nous appartenons, sur l’absolu ou l’éternel !   Vécu paisiblement dans le quotidien des activités, cela tient de la ferveur contemplative à laquelle nous  ne pouvions être indifférents.  Cet appel à rentrer dans la demeure de son cœur, à revenir à la source, était  inscrit sur un mur : « Remonter chaque jour à la source d’où jaillit la sève de notre vie »

Cette pratique, nous dit Sœur Daô, aide beaucoup les gens dans leur quotidien, car au son de la cloche, nous mettons un frein à notre vie survoltée ;  nous faisons une pause pour prendre conscience de ce qui se passe à l’intérieur de nous et autour de nous.

Les temps de méditation, à l’aube et à la tombée de la nuit, réunissent dans une grande salle les Nonnes et les hôtes. C’est impressionnant de voir ces jeunes sœurs, en posture de lotus, immobiles, le visage grave, impassible, alors que nous les voyons, à la rencontre, éclater de joie !

Méditation en silence, suivie d’une récitation des « Entraînements à la pleine conscience » pour tous ceux qui suivent la voie bouddhiste et des « Préceptes », pour les Nonnes, ce sont là des exigences qui rappellent nos vœux de pauvreté, de chasteté, … avec des expressions bien particulières, comme les « manières raffinées »,  pour évoquer les relations entre sœurs et frères, les nonnes et les moines se retrouvant 2 jours par semaine pour entendre l’enseignement du Thaï et partager.

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La marche méditative est une autre pratique : marcher au rythme de sa respiration, en se concentrant uniquement sur l’inspir et l’expir, est un exercice qui nous aide à revenir à l’ « Ici et Maintenant », à lâcher tout ce qui nous traverse l’esprit pour prendre conscience de notre corps, de nos sensations. En marchant, nous « caressons » la terre, notre mère, nous laissons notre empreinte sur le sol, nous entrons en communion avec tous les êtres vivants.

Pour les repas, chacun se sert des mets préparés, selon un régime végétalien, et se rend dans une salle ou sous une tente. Avant de commencer à manger, l’usage est de s’incliner devant son assiette, les mains jointes, puis de saluer sa voisine, toutes celles qui sont à table. Nous sommes touchées par la politesse exquise de nos sœurs vietnamiennes qui vivent le repas comme un rituel, avec ces deux dimensions, reconnaissance pour la nourriture donnée alors que tant de gens ne mangent pas à leur faim et attention aux autres.

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Nous avons échangé les jours suivants sur notre pratique de la vie monastique chrétienne. La nouvelle responsable de la Communauté du Hameau d’en Bas où nous étions, la bhikshuni soeur Hôi Nghiêm, (vietnamienne), impressionnée par le nombre d’années de vie monastique que nous avions, nous a demandé : « Qu’est-ce qui vous fait durer si longtemps dans la joie ? » Alors nous avons expliqué notre « suite du Christ » à l’école de notre père saint Benoît et la réalité de « l’Unique nécessaire ».

Nous avons remarqué aussi qu’il n’y a pas beaucoup de statues du Bouddha en ce lieu et l’on nous a expliqué que « dans la pratique de la pleine conscience, dans chaque individu, il y a un bouddha ; et donc il s’agit de prendre refuge dans cette racine, dans le Bouddha. Ici, c’est un endroit où il y a très peu de statues du Bouddha, ainsi les chrétiens peuvent se sentir à l’aise. Et puis il ne faut pas oublier que dans une vie antérieure, nous étions des fleurs, des rochers, des arbres, des insectes … ce sont aussi nos ancêtres. Chacune cherche une autre dimension qui nous dépasse ; conscience juste, vision profonde ».

Nous avons évoqué leurs relations frères/sœurs puisqu’il y a deux hameaux de sœurs (Hameau du Bas et Hameau du Milieu) et un de frères (Hameau du Haut). Ils se rencontrent le Jeudi et le Dimanche pour un enseignement, repas et détente en commun. ; « on prend refuge dans le frère », « on prend refuge dans la sœur » nous disaient-ils !

Le Jeudi nous avons  participé à cette journée de rencontre au Hameau du Milieu où le matin nous avons bénéficié de l’enseignement d’une nonne américaine suivie de la marche méditative sous une pluie fine. Ensuite chacun s’étant servi des mets préparés c’est en procession que nous nous sommes dirigés vers le grand hall pour prendre le repas en silence. L’après-midi les huit moines  et moniales catholiques répondions aux questions posées par les très nombreux laïcs retraitants, nonnes et moines.

Au terme de ces quatre jours, nos hôtes du Village du Bas,  nous ont  invitées dans leur salle de communauté, pour le dernier repas pris ensemble, suivi d’une soirée récréative, avec chants vietnamiens et français, remerciements, cadeaux. Les sœurs bouddhistes ont promis de nous rendre cette visite, en venant séjourner dans nos monastères chrétiens.

 

Sr Marie (Urt) – Sr Paula (Maumont ) – Sr Samuel (Martigné-Briand) –  Sr Solange (Jouarre )

Fr Ambroise ( La Pierre-Qui-Vire ) – Fr Columba–  Fr.Daniel (En Calcat ) –

Fr Marie-Benoît ( Congrégation  St Jean)

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