Le moine et le poisson

Souvenirs de la vie de novice de Thây (7)

Ce récit est le septième de la série des souvenirs de la vie de novice de Thây au temple Tu Hieu de Huê.

 

 

Mon maître nous racontait des histoires, la voix empreinte de profond respect, au sujet des patriarches de notre temple. Nhat Dinh, un vénérable moine ayant vécu il y a plus de cent ans, est le maître à l’origine de l’école de méditation Tu Hieu et de notre temple racine. Mon maître nous a raconté cette histoire à son sujet, transmise au fil des ans :

Il y a bien longtemps, le patriarche s’est rendu à la source de Yang Hill, près des tombes du temple, a choisi un endroit paisible pour le dégager et a construit un ermitage où il pourrait pratiquer et prendre soin de sa mère vieillissante. Dans cet ermitage, nommé «Paix nourrissante», il a suivi fidèlement les enseignements du Bouddha. Sa concentration était très profonde et il n’était pris dans rien de petit ou de médiocre.

Etre un maître zen ne l’empêchait pas de se soucier des besoins de sa vieille mère. Quand on vit à une époque où il n’y a pas de Bouddha, prendre soin de ses parents est aussi vertueux et méritoire que prendre soin du Bouddha. Une fois, sa mère était malade et avait besoin de nourriture nutritive pour se rétablir. Sachant que, par le passé, sa mère aimait manger de la soupe au riz avec du poisson frais, il s’est rendu au marché pour acheter un poisson à préparer pour sa mère. Les gens étaient choqués de voir un moine acheter un poisson et le ramener à la maison, mais ils n’osaient rien lui dire, sachant qu’il était un grand moine et ne pouvait rien faire de mal. Cependant, ils ne le comprenaient pas, et ils parlèrent de lui derrière son dos. Mais le maître continua à être lui-même, à sa manière naturelle et non affectée, alors qu’il marchait dans les rues en emportant un poisson du marché. Il savait ce qu’il faisait et il ne s’est pas laissé arrêté par les opinions des autres à son sujet, qui étaient fondées sur leur ignorance.

Quand j’ai entendu cette histoire pour la première fois, j’ai ressenti une joie qui m’a presque fait pleurer. Nhat Dinh a fait preuve d’une attitude libre qui n’était pas «liée par un dogme» – comme un poème qui dit qu’une personne emprisonnée par les préjugés ne pourra jamais vivre ou comprendre. Plus tard, l’Ermitage Paix nourrissante devint un grand temple et le roi Tu Duc, très attaché à sa propre mère, lui donna le nom de «temple impérial de bonté et d’amour filial», Tu Hieu. Le maître décéda au dixième jour. mois lunaire de l’année 1847.

 

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