Enseignements de Frère Phap Dê, moine zen catholique

Le 4 août 2016 Frère Phap Dê, âgé de 81 ans, est décédé entouré de l’amour de ses frères et soeurs monastiques de notre monastère du Parc des Cerfs en Californie et de sa famille.  La mémoire de son  sourire chaleureux et de sa présence bienveillante continue à nous tenir compagnie. Notre Frère qui, dans sa jeunesse, était un prêtre catholique, a offert de magnifiques enseignements sur la double appartenance et sa pratique guidée par notre maitre.

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Vous vous réjouirez certainement de lire ses enseignements offerts le 13 août 2014, le 11 décembre 2011  et le 29 mars 2013

13 Août 2014 – Le Nouveau Départ et la Joie

Chers Thây, Soeurs, et Frères,

Ceux parmi vous qui sont nouveaux ici remarquent peut-être que je commence en disant  »Cher Thây » – Thich Nhat Hanh, notre maître. Je commence ainsi parce que je ressens vraiment profondément sa présence. Nous, qui avons commencé à prendre le relais de son enseignement. Pour moi, prendre le relais de son enseignement, sa générosité, son amour, sa sagesse, dont je fais l’expérience comme de la sagesse du Bouddha. Il est la continuation du Bouddha. De tous les hommes au monde que j’ai connus, il est ma meilleure expérience de Jésus. Il y a quinze ans, avant de devenir moine, j’ai dit un jour à Thây:  »Je pense que vous comprenez Jésus mieux que tous les éminents professeurs de théologie que j’ai eu dans les années 1950 et 1960 ». Et j’avais eu de très bons professeurs de théologie. Il répondit simplement:  »C’est parce que j’ai Jésus dans mon coeur ». Si vous avez lu ses livres Bouddha vivant, Christ vivant, ou Le voyage de retour: Jésus et Bouddha sont des frères, ce doit être clair pour vous. Pour moi, ce n’est pas qu’une idée. Beaucoup de mon savoir à propos de Jésus, dans les années 1950, n’était qu’idées. Mais avec Thây et sa sagesse, les idées sont plus devenues une réalité, une expérience vécue. En cela, je me sens très chanceux.

C’était il y a à peu près onze ans qu’il m’a ordonné moine à l’âge de 68 ans. Ce n’est plus possible maintenant. Cinquante ans est l’âge limite. Quand il ma donné le nom Chan Pháp Dê, tout le monde s’est mis à rire. J’étais en train de me demander:  »Qu’est-ce qui les fait rire? ». Eh bien,  »Dê »  comme vous le savez, signifie petit frère. Alors, j’étais le cadet d’un moine de cinquante ans qui mesurait trente centimètres de moins que moi. Mais ce ne fut qu’en 2008 que j’entendis Thây énoncer la raison qui l’avait amené à me donner ce nom. J’avais écrit un article,  »Une Journée dans la Vie d’un Moine Zen Catholique ». Il fut traduit en vietnamien et parut au Vietnam, ce qui amena Thây à parler à l’échelle internationale et à expliquer aux Vietnamiens qu’il m’avait donné ce nom de  »Dê », petit frère, parce qu’au paravant, on s’adressait à moi en me disant  »mon Père ». Thây a un bon sens de l’humour. Un Grand amour, une grande sagesse, et un grand humour.

Il s’est trouvé être la manifestation de beaucoup de bonnes choses pour moi et aujourd’hui, je veux partager avec vous la Bonne Nouvelle de la pratique du Village des Pruniers qu’on appelle le  »Nouveau Départ ». Thây a transmis l’enseignement de Bouddha et l’enseignement de Jésus d’une façon très fidèle et très créative, de manière à ce que ces enseignements prennent vie. Mais je donne crédit à Thây pour l’invention de la pratique du Nouveau Départ telle qu’on la connaît dans notre communauté du Village des Pruniers. C’est une pratique particulièrement importante pour moi. La première fois dont j’en ai fait l’expérience, ce devait être autour de 1998, cinq ans avant que je ne devienne moine.

Cela me ramène aussi cinquante ou soixante ans en arrière. Moi-même et beaucoup d’entre nous qui sommes Occidentaux et Catholiques, avons grandi dans une culture d’honneur et de honte, une sorte de culture de culpabilité et de peur. Mais nous autres Catholiques avions un moyen d’y échapper. Nous avions le sacrement de la pénitence, ou Confession, grâce auquel les Catholiques pouvaient aller parler à un prêtre. Quand j’étais un jeune prêtre, j’avais le pouvoir d’absoudre les gens de leurs péchés avec les mots ego te absolve abicatus tuis. Je t’absous de tes péchés. Nous, les prêtres, nous figurions que nous avions le pouvoir de Dieu. Il se trouve que même maintenant, mes anciens amis catholiques et mes frères génétiques veulent savoir si je suis allé me confesser à un prêtre parce que dans leur esprit, les seuls à avoir le pouvoir de pardonner les péchés sont toujours les prêtres. Et je pensais aussi de cette manière jusqu’à ce que je découvre cette pratique et l’enseignement du Bouddha.

Toujours cinquante ans plus tôt, je commençais à prendre conscience du fait que beaucoup des personnes qui venaient à confesse n’avaient pas besoin d’avoir la preuve que Dieu leur en tenait quitte. Dieu n’était pas offensé. J’entendais des maris catholique venir confesser qu’ils étaient tout simplement antipathiques et méchants avec leur femme, irritables, remontrants, et pas du tout serviables. Ils venaient donc confesser tout cela auprès de moi, se rendant compte que ce n’était pas bien beau. Ils voulaient se sentir délivrés d’un sentiment de culpabilité d’être ainsi. Dans l’ancienne tradition, pour ceux d’entre vous qui sont assez vieux pour pouvoir vous le rappeler, le prêtre disait:  »D’accord, vous êtes pardonné. Allez maintenant réciter cinq Notre Mère et cinq Je vous salue Marie. C’est votre pénitence. » Au cours des dernières années que j’ai passées dans la prêtrise, je me suis rendu compte que cela ne réglait pas le problème. Je choisissais alors de renvoyer cet homme chez lui avec pour pénitence d’inviter sa femme à dîner au restaurant et de lui faire savoir certains des traits qu’il appréciait chez elle. Et je renvoyais la femme chez elle et au lieu de lui donner dix Notre Père et Je vous salue Marie, je lui suggérais de préparer un gâteau pour son mari afin de célébrer leur amour et en témoignage de la gratitude de pouvoir partager leur vie ensemble. Ce n’est qu’en me rapprochant de la pratique du Village des Pruniers que j’ai commencé à voir un moyen très naturel de gérer nos erreurs, notre méchanceté, nos insuffisances, et les causes de l’absence de bonheur les uns avec les autres.  C’est notre pratique du Renouveau ou Nouveau Départ.

Tout d’abord, au sujet du Renouveau, c’est une pratique qui demande qu’avant de commencer à parler à notre bien-aimé, notre enfant, ou à un ami, à propos de ce qu’on regrette qui a pu se passer, ce dont nous sommes irrité, ou n’importe quelle complainte, on arrose leurs fleurs. En fait, dans cette pratique, on commence par se la faire à soi-même. Nous considérons ce qui s’est passé dans nos interactions et nous considérons aussi la façon dont nous avons pu, ou non, prendre soin de nous-même. Beaucoup d’entre nous ont un sens très développé d’auto-critique. Beaucoup de Catholiques comme nous ont grandi avec cela. Nous avions une pratique qui renforçait encore cette posture vis-à-vis de soi, et qu’on appelait l’examen de conscience. Dans l’examen de conscience, on s’attache à se demander,  »Au cours de la dernière semaine, ou des deux dernières semaines, comment me suis-je comporté? Qu’est-ce que j’ai fait de mal? ». C’est plutôt cela qu’on souligne. Cette pratique du Nouveau Départ ne commence pas ainsi. Elle commence par l’arrosage des fleurs. Demandez-vous:  » Quelles sont certaines des bonnes choses que j’ai été capable de faire, de penser, ou de dire, au cours de cette dernière semaine? Quels bonheurs ai-je causés? »; ainsi nous arrosons d’abord un peu nos propres fleurs, nous nous aidons à nous revigorer nous-même.

Quand j’avais 8 ou 10 ans, il y avait une expression commune qu’on entendait. Quand nous faisions quelque chose de bien, nous devions l’annoncer à maman et papa. Je me rappelle la fois où j’étais dans une école d’été de catéchisme, et le dernier jour, nous eûmes un pic-nique et des courses, et je gagnai la course. Je suis allé voir ma maman en courant et je lui ai dit:  »Maman, tu sais quoi? J’ai gagné la course! ». Elle répondit par une de ses  réplique classiques:  »Ne fais pas la grosse tête ». Les anciens qui sont assis ici ont peut-être aussi entendu cela. C’est le contraire de l’arrosage des fleurs. Nous avions une très bonne famille. Ma vie de famille et mes relations avec maman et papa m’ont donné beaucoup de bonheur, mais nous n’étions pas tout à fait versés dans l’arrosage des fleurs. Nous étions sans atout pour l’arrosage des fleurs, et nous nous mettions assez rapidement à dire:  »Ne fais pas la grosse tête ». J’ai survécu à cela et j’ai trouvé le moyen de devenir prospère et tous mes frères et ma soeur ont très bien réussi.

Cette pratique du renouveau demande à ce que nous soyons en pleine conscience. Ainsi, quand nous méditons, nous nous arrêtons. Nous sommes silencieux et nous revenons en nous, conscients de la condition de notre corps et puis peut-être ensuite de quelque chose qui nous énerve en ce moment et qui vit encore en nous. Avec la pleine conscience, nous regardons silencieusement l’énervement ou la colère. Thây parle de considérer notre colère comme un enfant et de prendre cet enfant dans ses bras. Enfant, j’ai plutôt reçu le message:  »Pfff. Jette-la et écrase-la ». Mais ici, nous tenons notre colère comme un petit enfant énervé. Avec l’énergie de la pleine conscience, des visions profondes et des indices nous viennent peu à peu sur les raisons pour lesquelles nous sommes si enfermés dans cette colère. Je me souviens que très tôt dans une de mes phases ici au monastère, j’étais coordinateur du travail. J’étais le type qui, tout au long de sa vie, avait appris à faire en sorte que les choses se fassent. J’étais coordinateur du travail et nous avions un grand projet en cours, nous étions en train de réaménager le jardin circulaire avec toutes sortes de nouvelles plantations, de l’herbe de Corée, et une pelouse particulière. Un frère arriva avec une cargaison de terre qu’il déversa; je désapprouvai cela et je lui fis savoir qu’il devait la retirer de là. Je le lui dis sur un ton de réprimande. Il me dit plus tard:  »J’avais l’impression d’être en face de mon père qui me criait dessus ». Mais ce n’est que le jour suivant, alors que je marchais tranquillement, qu’une vision profonde s’éleva en moi. La raison pour laquelle j’avais été si en colère contre lui était la peur. J’avais peur que ce qu’il était en train de faire ne ruine le projet. Ce fut une des premières fois de ma vie que je commençai à voir:  »Je pense que j’ai été l’homme prêt à tout affronter et à défier tout le monde toute ma vie, mais profondément à l’intérieur de moi, je dois faire face au fait qu’il y a une rivière de peur ». J’eus donc l’occasion de m’occuper de cela. La pleine conscience pendant la marche méditative mena à la vision profonde selon laquelle la colère de hier surgissait de la peur. Et cela m’aida ensuite aussi à mettre au clair ce qui s’était passé avec mon frère.

Dans l’énergie de la pleine conscience qu’on pratique, on a l’énergie de Thây. C’est pour cela que j’ai dit  »Bonjour cher Thây ». Quand on vit, qu’on s’imprègne, et qu’on fait l’expérience de l’enseignement de Thây, on est aussi en train de faire l’expérience de l’enseignement de la pleine conscience. C’est aussi l’énergie du Bouddha. L’énergie du Bouddha qui s’est manifestée il y a deux-mille cinq cent ans continue dans l’enseignement et en nous. Et nous incarnons l’énergie. En ce qui me concerne, au cours de ces dernières années, j’ai commencé à comprendre qu’en ce qui concerne cette énergie de pleine conscience, il faut que je donne crédit à Thây. Thây a dit:  »L’énergie de la pleine conscience est l’énergie du Saint Esprit ». Or, c’est une énergie dont on peut faire l’expérience ». Beaucoup d’entre nous sont passés par de grandes expériences sacramentelles comme la confirmation et des ordinations pour ceci et cela. Mais parfois, il s’agissait plus d’une idée que d’une expérience. Ainsi, pour moi, aujourd’hui, la bonne nouvelle est que nous avons cette expérience de l’énergie de la pleine conscience, de l’énergie du Saint Esprit, dans nos veines.

En cela, je me sens très chanceux et très reconnaissant. Une autre façon de présenter les choses serait de dire que la pratique bouddhiste m’a aidé à revenir en moi et à devenir un bien meilleur Catholique, un bien meilleur Chrétien. Cette pratique du Nouveau Départ est une pratique à travers laquelle on va évoluer dans l’énergie de la plein conscience, on va libérer cette énergie en soi. J’espère que vous aussi, comme moi, pourrez avoir une expérience de vision profonde.

En l’an 2000, j’étais encore un laïc. Ma compagne et moi-même avions formé une communauté résidentielle de laïcs comme vous et nous vivions ensemble sur le versant des montagnes du côté de Santa Barbara, lieu idyllique où vivre. Nous étions à peu près sept à vivre ensemble dans cette si belle propriété au dessus de Santa Barbara, ayant vue sur la ville et le port, ainsi que sur les îles à côté des forêts nationales. Un dimanche matin sur deux, à dix heures, nous nous asseyions en cercle dans notre salon et nous faisions un Renouveau. Mon expérience de regarder alors une fille de treize ans arroser les fleurs de sa mère fut très inspirante. Je vois cette même capacité dans les jeunes gens qui sont ici dans cette retraite à apprendre cette pratique et à commencer à évoluer dans l’énergie de la pleine conscience.

J’aimerais que vous connaissiez les quatre points essentiels du Nouveau Départ. Tout d’abord, nous arrosons les fleurs avant de dire quoi que ce soit d’autre. Quelques soient les complaintes qu’on peut avoir ou la lourdeur qu’on peut porter, on doit trouver un moyen d’identifier deux ou trois choses en l’autre personne, ou en soi-même, qui méritent un compliment. Bien sûr, pas juste de la flatterie, ou quelque chose pour adoucir la situation, mais un compliment véritable. Toutes les deux semaines, nous aussi, les moines, nous réunissons en cercle et pratiquons le Renouveau. Si nous nous y prenons bien, un moine ou quelqu’un d’autre mentionnera deux ou trois choses qu’il admire et complimente vraiment au sujet de quelqu’un. Ce qui se passe, c’est que la plupart du reste d’entre nous qui sommes assis ne sommes pas au courant de ce qui s’est passé entre eux, et donc cet arrosage des fleurs augmente mon appréciation de la personne à qui il s’adresse. Ce n’est pas seulement un rafraîchissement, mais cela aide à développer plus d’appréciation au sein de la famille. Cette pratique peut être faite non seulement entre moi-même et ma campagne, ma fille, ou ma femme, mais aussi dans l’équipe de ma corporation. La formation en pleine conscience est devenu  »en vogue » tout autour du monde mais je me souviens d’un homme d’affaire allemand que j’ai connu il y a quinze ans. Sa corporation avait divisé ses membres en équipes et toutes les deux semaines, ils pratiquaient le Nouveau Départ en équipes, managers et subordonnés, simplement pour approfondir leur connexion.

Après l’arrosage des fleurs vient l’expression des regrets, qui nous permet d’exprimer quelque chose qu’on a fait dont on est désolé. On peut alors constater qu’envers quelqu’un qui voit qu’on l’apprécie et le respecte, en venir à l’aspect négatif des choses devient plus acceptable et plus aisé. Il sera important au cours de cette étape que nous soyons habiles à ne pas nous exprimer d’une façon qui se fasse accusatrice envers l’autre personne.

Le troisième niveau est l’expression d’un heurt. Dans l’expression d’un heurt, il est important de ne pas adresser une accusation comme:  »Quand tu ne t’es pas pointé l’autre jour et m’a laissé poireauter là et à gâché toute ma journée… »; cela est une accusation. On doit faire usage de la communication non-violente. On dit  »Quand je t’ai vu… » ou  »Quand je t’ai entendu me faire ce commentaire, je me suis senti blessé ». C’est une moyen de communication non-violente qui fait que quand on exprime son heurt, on n’en fait pas une attaque qui ferait passer l’autre personne au tribunal. On s’exprime plutôt en disant:  »Voici ce qui est arrivé. Voici ce que tu a semblé faire ou dire et cela m’a laissé avec un sentiment de blessure, de colère, de tristesse… ».

Dans la quatrième étape, on partage une difficulté à laquelle on est confronté sur le long terme. On peut dire:  »J’ai tendance à perdre mon tempérament. Je me mets à parler trop vite et je commence à accuser les autres. C’est une vieille habitude. Elle m’a accompagné toute ma vie durant et je suis encore en train de travailler sur elle. Je veux que tu saches que je suis confronté à une difficulté quand j’essaie de la maîtriser. » Il s’agit de faire savoir à nos amis et à notre famille que nous ne l’avons pas oublié. Nous travaillons dessus. Mais s’il vous plaît, nous apprécierions aussi leur patience et leur soutien attentionné et créatif, alors que nous continuons à grandir.

Pour moi, la joie est le signe infaillible de la présence de Dieu. Beethoven pensait la même chose quand il composa la Neuvième Symphonie. Si on écoute l’Ode à la Joie et qu’on en regarde la poésie, on voit que cela parle de la joie, cette étincelle divine. La joie est l’énergie qui vient de la pleine conscience appliquée. C’est l’énergie de l’Esprit Saint qui travaille en nous. C’est quelque chose de très concret. Et le Renouveau, ou Nouveau Départ, est aussi une pratique. Ne rentrez pas chez vous avec seulement quelques idées dessus. Faites en sorte de rentrez chez vous et de le pratiquer. Si vous n’avez pas de partenaire, d’enfant, ou d’ami avec qui pratiquer, s’il vous plaît, trouvez quelqu’un. Apprenez à faire cette pratique. Mais il y a aussi une autre façon de faire qui est plus sûre. Vous devez appartenir à une Sangha. Tout ceux d’entre vous qui ne sont pas encore dans une Sangha, assurez-vous de trouver l’endroit où il y a une Sangha avec laquelle vous pouvez vous asseoir et pratiquer. Une Sangha devrait elle-même pratiquer le Renouveau toutes les deux semaines. Par ce moyen, notre Sangha devient un terrain d’entraînement qui nous aide à apprendre les détails sur la façon dont mettre en pratique le Renouveau. J’estime notre patriarche du huitième siècle, Lin Chi, celui qui a dit un jour  »Si vous rencontrez le Bouddha dans la rue, tuez-le ». Lin Chi était l’homme qui voulait couper court à toute conversation et tout bavardage, toute spéculation, toutes ruminations, et imaginations. C’était un maître qui disait essentiellement  »Contente-toi de faire » (en anglais  »Just do it »: je pense que Nike lui a volé sa phrase!). Ce sur quoi je veux mettre l’accent, c’est la nécessité de ramener la pratique chez soi et de le faire de façon à ce qu’on prenne le relais et qu’on commence à faire l’expérience de la joie qui vient de se faire arroser ses fleurs. Il y a de la joie dans une famille où les fleurs se font arroser. Quand on pratique, nos pensées, nos paroles, et nos actions créent de la joie. Le Bouddha s’y connaissait bien en ce domaine. Jésus s’y connaissait bien en ce domaine. Ils nous ont transmis cette énergie et nous avons besoin, nous aussi, de prendre plaisir à bien nous y connaître en ce domaine.

Merci pour votre écoute. J’espère que cela va devenir pour vous une expérience vivifiante.

l’Avent, les mystiques et la Terre Mère

11 décembre 2011 Aimez votre Terre Mère

Aujourd’hui, dans les Eglises Chrétiennes d’Occident, c’est le troisième dimanche de l’Avent, la saison durant laquelle nos ancêtres occidentaux prenaient vraiment très au sérieux le fait de se préparer pour Noël, de se préparer pour le Prince de la Paix, d’attendre la venue du Messie. Cette avènement était déjà en train d’avoir lieu depuis plus de 700 ans avant la naissance de Jésus, commençant à l’époque du Bouddha, au temps du prophète Isaiah. Dans les églises chrétiennes, on trouve quatre bougies sur la couronne de l’Avent, une pour chaque semaine de l’Avent. Une bougie représentait l’espérance. Une la foi. Une la paix. Une la joie. Cette dernière était destinée à être allumée en ce jour. J’allume cette bougie de la joie.

Il y a cinquante ans, j’avais un ami qui était pasteur United Church et nous avions l’habitude de travailler ensemble à des activités oecuméniques. À cette époque de l’année, il mettrait une enseigne sur la porte qui dirait  »Jésus arrive. Ayez l’air affairé ». Cela ne correspond pas vraiment à ce qu’on pratique ici – vô sự, être sans projets. Être sans affaires. Quoi qu’ait été l’Avent pour nos ancêtres dans les jours anciens, c’était quelque chose de très important. Pour la plupart d’entre nous, cela a perdu sa signification. Ce n’est pas quelque chose à quoi on a pu s’intéresser en se sentant un tant soit peu nourri ou satisfait. Mais nous n’avons pas porté le deuil. Ceux d’entre nous qui ont été amenés à la pratique de la pleine conscience se sont trouvés avoir reçu quelque chose qui fonctionne pour nous aider à couper au travers de nos souffrances de colère, de jalousie, ou d’avidité ainsi que pour nous faire faire l’expérience de la joie dans la vie. J’ai moi-même dit à Thây que la plupart des gens que je connais dans cette pratique sont si heureux avec leur expérience de la pratique de la pleine conscience du Village des Pruniers, qu’ils ne regrettent ni n’ont le sentiment d’une perte. Certains d’entre vous sont-ils d’accord? Thây n’est pas d’accord avec cela. Il a dit, à sa façon,  »Cela fait partie de votre sang ».

Cette appartenance est quelques chose que nous pouvons toucher en cette saison en laquelle nous entendons certains des merveilleux hymnes anciens, des chants ou des chansons, de l’Avent et de la saison de Noël. En fait, même si nous ne nous sentons pas vraiment appelés par l’esprit de ces chansons, le simple fait de les chanter avec des autres et de passer un beau moment avec les chants festifs de Noël touche notre coeur. Cela nous nourrit. Thây m’a donc persuadé de regarder plus en profondeur, par-delà ma satisfaction actuelle, pour me connecter plus avec mes ancêtres spirituels, avec mes racines spirituelles.

Beaucoup d’entre nous qui sommes rassemblés ici sont originaires d’Asie et ont un ADN bouddhiste. Mais si nous venons d’Occident (d’ascendance européenne), naturellement, nous n’avons pas d’ADN bouddhiste. Nous avons plutôt un ADN juif, chrétien, ou musulman. En suivant l’inspiration de Thây à commencer à regarder et à me mettre à nouveau en contact avec mes ancêtres, j’ai découvert quelque chose que je ne savais pas vraiment: que j’avais été, au cours de ma vie, lourdement pris dans la pensée discriminante, ou pensée dualiste. La pensée occidentale bien menée, logique, pour laquelle il y a bon et mauvais, gauche et droite, haut et bas, intérieur et extérieur. Cela soutient des distinctions très claires. La Terre est ici et le Paradis est là-bas. Je suis ici et Dieu est là-haut. La matière et l’esprit sont séparés et le corps sera laissé ici quand notre âme éternelle partira là-bas au Paradis. Voilà la pensée dualiste. Après toute mon implication dans l’église et en théologie, cette pensée m’a laissé me disant à moi-même  »Nous n’y sommes pas ».

Je réalise que mes ancêtres eux aussi étaient pris dans la pensée dualiste. Certains d’entre eux furent capable de couper au travers mais pour la plupart, ils étaient eux aussi pris dans la pensée dualiste. Ils ont donc fini par rester dans cette pensée et par vivre dans l’espérance comme les vieux Israélites, comme leurs ancêtres et comme beaucoup le font aujourd’hui. Quand l’Avent arrivait, ils pensaient  »Voici la saison de Noël. Le Sauveur est en chemin. Il n’est pas encore là mais Il est en chemin ». En fait, beaucoup d’entre nous, dans nos vies émotionnelles, faisons nous aussi de même en vivant dans un état de  »Nous n’y sommes pas encore. Je suis dans l’espoir de quelque chose de mieux ».

Thây parle de cela dans La paix à chaque pas.  »L’espoir comme obstacle. L’espoir est important car il peut rendre le moment présent moins difficile à supporter. Si nous croyons que le lendemain sera meilleur, nous pouvons supporter une souffrance aujourd’hui. Mais c’est là ce que l’espoir peut faire de plus grand, rendre une souffrance plus légère ». Thây poursuit en disant  »Quand je pense profondément à la nature de l’espoir, je vois quelque chose de tragique. Étant donné que nous nous accrochons à notre espoir pour l’avenir, nous ne concentrons pas nos énergies et nos capacités sur le moment présent. Nous faisons usage de l’espoir pour croire que quelque chose de meilleur arrivera dans l’avenir, que nous parviendrons à la paix, ou au Royaume de Dieu. L’espoir devient une sorte d’obstacle. Si on peut s’abstenir d’espérer, on peut s’amener à demeurer entièrement dans le moment présent et découvrir la joie qui s’y trouve déjà ».

Mes ancêtres vivaient dans beaucoup d’espoir. Ils utilisaient la prière, le rituel, la volonté, et les bonnes intentions. Pour eux, la prière et le rituel représentaient des moyens de supplique envers le Dieu qui était ailleurs et qui leur retirerait leurs problèmes et amènerait un soulagement à leur souffrance. Maintenant, avec la pratique de la pleine conscience, j’ai une méthode, pas juste une prière. Une méthode qui fonctionne, dans mon cas toujours d’une façon si lente, pour transformer les énergies d’habitude qui pourraient causer de la souffrance, soit pour moi-même soit pour les autres. Avant cette pratique, la pensée dualiste dans laquelle j’étais pris établissait une séparation entre notre moment historique (notre existence conventionnelle) et la Dimension Ultime. Mais avec la pratique de la pleine conscience et l’enseignement de Thây, j’ai un grand avantage. Dans les débuts de mon expérience de Thây, j’étais en train de lire son livre alors nouvellement paru: Le voyage de retour: Jésus et Bouddha sont des frères. J’ai pu alors lui dire:  »Thây, vous comprenez Jésus mieux que tous mes éminents professeurs de théologie ». Il répondit  »C’est parce que j’ai Jésus dans le coeur ». C’était très simple. Il a continué à m’apprendre à vivre comme un Christ Vivant, un Bouddha Vivant. Cela a rendu les choses plus faciles.

Cela m’a aidé à voir que l’Esprit Saint qui apparaissait dans l’évangile, rendant visite à Marie et faisant d’elle la mère de Jésus, ce même Esprit Saint est en nous. Et tout comme cet Esprit Saint était affairé en Marie, faisant d’elle la mère de Jésus, de même est-elle affairée en nous, nous aidant à devenir de nouveaux Bouddhas, de nouveaux Christs. Et j’en suis venu à voir, avec l’aide de Thây, que cet Esprit Saint est l’énergie qui nourrit notre Terre Mère.

Ce matin, vous étiez dehors en train de vous balader, de marcher, de toucher la Terre Mère. J’avais l’habitude de penser à ma vieille façon que la terre n’était qu’une planète, une masse inerte de matière sans aucun esprit ou aucune intelligence. J’avais l’habitude de penser à la terre comme à notre adresse temporaire jusqu’à ce qu’on meure et s’établisse dans notre demeure éternelle du Royaume de Dieu, au Paradis. Maintenant, je vois que tout comme les cellules de notre corps ont leur intelligence propre et sont occupées à nous aider à rester vivants et bien portants, la Terre Mère n’est pas seulement faite de matière mais aussi de cellules et d’intelligence. Comme vous étiez en train de marcher ce matin, vous ne regardiez pas l’herbe et les arbres comme de simples objets inanimés. J’espère que vous avez pu voir que ces arbres, surtout les grands chênes élégants, ne sont pas des objets inanimés mais qu’en fait, chaque chêne est notre frère, notre soeur. Ils savent comment se nourrir pour gagner en hauteur et en vigueur et pour purifier notre air. Avec cette pratique et la sagesse du Bouddha, j’ai pu, enfin, revenir aux paroles d’Isaiah, qui datent d’il y a 2700 ans, et comprendre ce qu’il espérait quand il disait  »Comme la terre amène ses pousses à germer, et comme le jardin amène ce qui est ensemencé à jaillir du sol, de même le Seigneur Dieu amènera la droiture ». La droiture -c’est la Pensé Juste, la Parole Juste, l’Action Juste. Isaiah continue en disant  »Nous serons des chênes de droiture ». Tout comme les chênes, les coyotes et les lapins, nous qui nous trouvons ici sommes les enfants de la Terre Mère, et aussi de Jésus et de Bouddha. Nous apprenons à présent que ceci est le Royaume de Dieu, présent ici même, dans et sur la Terre Mère. Nous n’avons pas à l’attendre dans l’avenir. Nous n’avons pas à vivre dans l’espérance. Nous y sommes.

Nous revenons donc à nous-même et nous pratiquons. Nous sommes particulièrement chanceux de pouvoir faire cela dans cet endroit, ici au Parc des Cerfs. Nous en venons à le faire pour connaître la joie, sans avoir à attendre. Nous revenons chez nous, chez la Terre Mère, et nous laissons chaque doux pas se faire baiser de paix et de gratitude. Et il y a un grand nombre d’entre vous dans la communauté qui êtes venus ici et ont aidé les monastiques, travaillant en tant que Quadruple Sangha, prenant soin de la Terre Mère en ce lieu. En marchant aux alentours du monastère, vous voyez tous les merveilleux témoignages que nous offre la vie. Chaque inspiration que nous prenons est rendue possible par la purification préalable de l’air par la Terre Mère. Voici un poème composé par l’un de mes maîtres spirituels plus récents, Gerald Manley Hopkins*, qui dit:

Wild air, world-mothering air
nestling me everywhere
I say that we are wound with mercy round and round as if with air this same
and makes, oh marvelous,
new Nazareths in us
new creations in us

The good News of Christmas is already happening in us Wild air, world-mothering air nestling me everywhere

Ainsi, nous sommes aussi conscients dans la gratitude que c’est la Terre Mère que purifie notre eau, conscients que chaque gorgée d’eau vient à présent de notre propre puis situé dans le Bois des Chênes. L’eau traverse le sol de la Terre Mère et parvient à notre puis, filtrée et purifiée par notre Mère. Ces derniers jours ont été merveilleux. Frais comme l’ont été les soirs, les journées ont été chaudes et se sont imprégnées des rayons du Soleil, notre Père. Si nous arrivons à penser de façon non-dualiste, nous pouvons commencer à voir que le Soleil, lui aussi, est notre Père. Nous sommes les enfants d’une Terre Mère et d’un Soleil Père. C’est la sagesse de la non-discrimination. C’est la sagesse qui nous aide à réaliser que le Royaume de Dieu est ici et maintenant.

C’est la sagesse qui nous aide à guérir ce qui était un problème pour nos prédécesseurs juifs au temps d’Isaiah, encore à l’époque de Jean le Baptiste, et jusqu’en Europe et la culture occidentale d’Italie, de France, d’Allemagne, d’Irlande, de Suède etc. On voyait la vie d’une façon telle que cela suscitait beaucoup de peur, beaucoup de culpabilité, et beaucoup d’incompréhension quant à notre source, un Dieu d’amour. Tout au long de cette époque, il y eut une perte de connexion, non seulement avec la présence intérieure constante et l’énergie de l’Esprit Saint, mais aussi avec toute la création. Au quatorzième siècle, un de nos Ancêtres, un bon moine allemand du nom de Meister Eckhart, avait saisi cela. Il était capable de penser de façon non-discriminante. Cette façon de penser lui causa des difficultés avec les Évêques. Il disait des choses comme celles qui suivent:  »Est-ce que ce n’est pas une sainte Trinité que le firmament, la terre, et nos corps? Et cela n’est-il pas un acte de vénération que de porter un enfant, de labourer la terre et de lever une tasse? »; et au sujet de la communion:  »Tout d’abord, recherchez cela auprès de l’âme de votre bien-aimé plutôt que dans tout ce qui est offert par un prêtre ».Vous savez, nous existions déjà comme Thây nous a enseigné que nous ne sommes pas seulement présent ici dans ce que nous appelons nous. Nous avons été présents pendant une longue période de temps dans de différentes formes et figures, depuis des millions d’années. Et Meister Eckart avait cette compréhension. Voici un poème qui témoigne de cette conscience:

Quand j’étais le ruisseau, quand j’étais la forêt, quand j’étais encore le champ, quand j’étais chaque sabot, pied, nageoire et aile, quand j’étais le ciel même,

personne ne me demandait jamais si j’avais un but, personne ne se demandait jamais s’il y avait quoi que ce fut dont je puisse avoir besoin,

car il n’y avait rien

que je ne pouvais

aimer.

C’est quand j’ai quitté tout ce que nous étions jadis que l’agonie a commencé, la peur et les questions survinrent, et j’ai pleuré, j’ai pleuré. Et des larmes

que je n’avais jamais connues

auparavant.

Je suis donc retourné à la rivière, je suis retourné aux montagnes. J’ai demandé leur main en mariage à nouveau,

J’ai supplié—j’ai supplié de marier chaque objet et créature,

et quand ils acceptèrent, Dieu devint à jamais présent dans mes bras. Et il ne dit pas  »Où as-tu

été? »

Car alors je savais que mon âme—toute âme— L’a toujours possédé.

( »Quand j’étais la Forêt », Meister Eckhart, Daniel Landinsky, Poèmes d’Amour de Dieu)

Thây m’a rappelé qu’il y a beaucoup de richesse dans ma tradition et m’a fait tourner le regard vers les mystiques. Voici un poème de Jean de la Croix:

J’étais triste un jour et je sortis marcher;

je m’assis dans un champ.

Un lapin remarqua mon état et

s’approcha.

Il ne faut souvent pas plus que cela pour aider à certains moments—

simplement être proche de créatures qui

sont si pleine de connaissance,

si pleines d’amour

bien que chez elles, point de

—bavardage,

Elles se contentent de regarder avec

leur

formidable compréhension.

Ici, au Parc des Cerfs, quand viennent des jours où on sent de la confusion en soi ou alors un peu de tristesse ou de désespoir, il est un endroit où on peut simplement aller marcher, parmi les chaparral et les chênes, sentir le soleil, et on découvre que cela guérit. Une de nos nouvelles soeurs de cette année a décrit lors d’un partage du Dharma son expérience de vie ici au Par des Cerfs, entouré de tous côtés par toute cette nature ravissante, merveilleuse, et si verte, et par les arbres. Elle décrivait cette expérience comme celle d’être serrée dans les bras d’une mère aimante.

Dans quelques instants, nous allons nous répartir dans des groupes et avoir un temps de Partage du Dharma afin que la sagesse qui est au sein de cette communauté puisse être partagée entre nous. Et puis après le partage, nous aurons un repas de fraternité ensemble. En tant que Chrétiens, nous portons en nous une longue tradition de ce que renferme de sacré le repas de fraternité. Quand vous vous rassemblerez dans la salle à manger, assurez-vous donc de vous regarder les uns les autres, bien que ce soit un temps de Noble Silence, et offrez un sourire. Regardez autour de vous tous ceux avec qui vous êtes assis à table et élargissez votre coeur aimant et nourrissant qui est en fait plus riche que la nourriture qui va être très bonne, comme nous le savons par notre pratique. Quand nous prenons chaque morceau de nourriture, parfois nous encourageons les gens à le recevoir et puis à poser leur ustensile pour simplement prendre plaisir à mâcher la bonne nourriture en silence. Avec chaque morceau, reconnaissez que c’est un cadeau de la Terre Mère, préparé avec beaucoup de travail ardu et d’amour, par les fermiers et les marchands, et surtout par les cuisiniers qui sont en ce moment même en train de mettre tout cet amour sain dans la nourriture qu’ils  préparent pour notre déjeuner. Mangeons avec la compréhension du fait que ce n’est pas seulement pour le goût de la nourriture et pour nous rassasier, mais que c’est pour renforcer notre corps afin de pouvoir nous montrer hommes et femmes de sagesse, de compassion, et de pardon les uns envers les autres.

Une autre de nos ancêtres spirituels, Catherine de Sienne, faisait aussi partie de ceux qui n’étaient pas prisonniers d’un esprit dualiste. Je vais finir avec ce qu’elle a à offrir.

Tout a été consacré.

Les créatures dans la forêt savent cela,

La Terre le sait, les mers le savent, de même les nuages tout comme

le coeur

rempli d’amour.

Étrange, un prêtre nous déroberait cette science et

s’habiliterait ensuite de la faculté

de rendre saint

ce qui l’était déjà.

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29 mars 2013 – Retraite  »Bouddha Vivant, Christ Vivant »

Frères et soeurs, bonjour. Ces pâques sont d’heureuses Pâques. Ce moment est un moment de bonheur. J’ai eu cinq jours de moments très heureux pendant cette retraite centrée sur nos ancêtres spirituels et tout d’abord sur notre ascendance chrétienne, menant à un superbe échange et une découverte de nos racine spirituelles. Nous voilà au dernier jour de la retraite, une retraite qui a fait naître en moi, et j’en suis sûr également en vous tous, une gratitude beaucoup plus profonde envers Thích Nhát Hanh pour la façon dont il nous a éveillés à l’importance de nos ancêtres génétiques, nos ancêtres spirituels, ainsi que nos ancêtres nationaux.

Nous avons fait l’expérience de quelque chose de semblable à ce dont les Chrétiens primitifs avaient fait l’expérience quand ils étaient avec Jésus. Ils ne pensaient pas à Jésus comme à quelqu’un qui mourait pour eux. Ils pensaient que Jésus était en train de leur enseigner comment mourir aussi bien que comment vivre. Ce petit groupe d’il y a plusieurs milliers d’années fit l’expérience de la résurrection en eux-même et de la nouvelle vie qui commença en eux. Notre petit groupe de retraitants s’est trouvé faire l’expérience d’une sorte de résurrection alors que nous faisons l’expérience, avec l’aide de cette pratique de la pleine conscience, de la transformation de notre propre souffrance et de nos difficultés.

Vous venez à peine de rentrer dans la Communauté Bien-aimée et vous êtes des pionniers au sens où c’est la première retraite du Village des Pruniers qui amène à se rencontrer le travail de Jésus et celui de Bouddha, nous procurant une exploration par l’expérience de la retraite de nos propres ancêtres spirituels occidentaux, en particulier de Jésus. Je pense que vous êtes particulièrement chanceux. Je suis très heureux de vous accueillir. De plus, en faisant cela ensemble, nous gardons une promesse envers Thây qui m’a, des années durant, demandé d’aider les Occidentaux à se connecter à leurs ancêtres spirituels. Il s’est montré très clair sur le fait qu’il n’est pas venu ici pour nous convertir au Bouddhisme. Quand je lui ai dit à Hong Kong, il y a quelques années, que la plupart de nos pratiquants sont si heureux avec la pratique de la pleine conscience qu’ils ne se sentent pas en manque de quoi que ce soit, il ne s’est pas laissé convaincre. Il a dit  »Cela fait partie de votre sang ». Il n’a pas dit  »Réveillez-vous », mais il aurait pu. Ce que nous faisons donc ensemble en ce lieu ces jours-ci, c’est de redécouvrir nos racines et de nous rendre compte qu’elles sont la sève qui circule en nous et nous abreuve de vie.

Pourquoi est-ce que ma foi catholique devint si faible, si peu captivante, et insatisfaisante? Je réalise à présent que j’étais vraiment prisonnier de la liturgie, des rituels, de la bonne musique d’église, et de mon aptitude à bien mener la musique d’église. J’étais très riche en expérience de rituels mais j’étais pauvre quant à vivre la pratique et vivre l’enseignement, et quant à être ensemble avec d’autres qui vivent aussi l’enseignement dans leur quotidien, dehors, dans les rues. Cela manquait dans mon cas. Un autre aspect de mon problème consistait en la pensée dualiste. Le Bouddhisme m’a aidé à commencer à voir la profondeur avec laquelle la pensée dualiste est enracinée en moi. Ma pensée dualiste m’avait amené à ressentir que je suis ici et que Jésus, le Grand, est là-bas. Il s’agit d’une séparation immédiate. Le Bouddhisme est en train de m’aider à m’arracher à cette vision des choses et à réaliser la présence de l’énergie du Christ en moi. Si elle n’est pas en moi, alors, tout est fini. En moi, ce développement est en train d’avoir lieu. Je sens que je suis en chemin vers quelque chose qui m’intéresse réellement et je suis ravi d’avoir un groupe d’amis comme vous et que nous nous réunissions et collaborions dans ce développement, de façon à vraiment faire l’expérience du fait que nous inter-sommes. Il ne s’agit pas d’un voyage en solo. Soit on le fait ensemble, soit il ne se fera pas. Quant à moi, je suis un jeune frère et je suis en train d’évoluer d’une nouvelle manière que je ne connaissais pas il y a cinquante ans.

Nous allons donc dès à présent faire appel à certains autres de nos ancêtres pour nous parler, pour partager avec nous. Pháp Đệ et moi-même allons lire un extrait de Le radeau n’est pas la rive, chapitre 8, de Thây et Daniel Berrigan.

Thây

– Je me dis toujours qu’être capable regarder dans les yeux de son véritable maître vaut cent fois l’étude de sa doctrine, de son enseignement. En lui, vous avez un exemple direct de l’illumination, de la vie, alors que dans les autres vous n’avez qu’une ombre qui est susceptible de vous aider aussi, mais pas de façon directe. Comme le dit le Bouddha, ma doctrine n’est qu’un radeau vous aidant à traverser jusqu’à l’autre rive, ce n’est pas la réalité ultime. Vous ne devriez pas en faire un culte.

Père Dan

– Dans ce cas, comment regardez-vous dans les yeux de Jésus ou de Bouddha?

Thây

– Comment, eh bien il n’y a pas de comment. C’est comme demander comment est-ce que je vous regarde? Comment est-ce que je regarde la branche d’un arbre? Le problème ne se situe pas dans le  »comment » mais dans le sujet qui est en train de regarder. Parce que si vous mettez, devant des gens, une chose, et que plusieurs personnes regardent cette chose, elles voient des choses différentes. Cela ne dépend pas seulement de la chose que vous exposez mais de la nature et de la substance de celui qui regarde. Ainsi, quand vous êtes en contact direct avec la réalité, vous avez plus de chance d’y pénétrer que dans le cas où vous n’avez qu’une image de la réalité; cette dernière n’est que le plan, pas la ville, l’ombre, pas l’arbre, la doctrine, et pas le sauveur, la vie. Il y a ceux qui regardent dans les yeux de Bouddha, de Jésus, mais qui ne sont pas capables de voir Bouddha, ou Jésus. Je pense que ces cas là sont vraiment sans espoir.

Nous avons de nombreuses histoires dans la littérature bouddhiste qui traitent de gens qui étaient venus de très loin et espéraient pouvoir ainsi voir le Bouddha, mais qui ne le purent pas à cause de la façon dont ils avaient réagi à ce qu’il avaient vu sur le chemin. Un des hommes dans ce cas rencontra une femme qui avait besoin d’aide mais il était si pressé de voir le Bouddha qu’il négligea l’enfant de la veuve démunie. Évidemment, il ne put pas voir le Bouddha. C’est pourquoi je dis que le fait de pouvoir ou de ne pas pouvoir voir le Bouddha dépend à un très haut point de vous.

Père Dan

– Il est impressionnant de voir le nombre de ces visions profondes qui se recoupent dans différentes vies, cultures, et traditions. On pense à cette scène fracassante du jugement à la fin de l’évangile selon Saint Mathieu, quand le Seigneur dit  »Au revoir’‘ à certaines personnes parce qu’elles ne le nourrirent pas, ne lui donnèrent pas d’habits, et ne lui rendirent pas visite en prison. Elles répondent toutes  »Comment cela? »; et il dit  »Vous ne l’avez pas fait à mes frères. Tant pis. Au revoir. »

C’est une question profonde pour moi. Comment rencontrer le regard de Jésus ou de Bouddha? Peut-être que c’est la question d’un novice balourd, mais quand même, je pense que si les gens pouvaient respirer avec le silence de Jésus, quelque chose arriverait. Il passa beaucoup de sa vie en silence. Si seulement on pouvait aller dans le désert avec Jésus, ou être en prison avec lui pendant la Semaine Sainte, ou pénétrer Son silence devant Pilate et Hérode, quand il refusa de répondre, comme autre moyen de réponse. Il me semble que ce sont là des rencontres profondes qui vont au-delà de la nécessité de beaucoup de palabre. Je pense souvent à la signification d’un moine, comme vous, Merton, ou le jeune moine dont nous avons appris la mort aujourd’hui. Ce sont des gens qui ont rencontré le regard de Jésus ou de Bouddha à travers une certaine compréhension du silence.

Thây

– Quand je parlais de regarder dans les yeux de Bouddha, je pensais au Bouddha en tant qu’être humain qui est entouré par une atmosphère particulière. J’ai remarqué que les humains éminents sont entourés par une atmosphère particulière. J’ai remarqué que les humains éminents emmènent avec eux quelque chose comme une atmosphère auréolée, et quand nous nous lançons à leur recherche, alors nous ressentons de la paix, nous ressentons de l’amour, nous ressentons du courage.

Peut-être que seule une image peut expliquer cela. Les Chinois disent:  »Quand survient la naissance d’un sage, l’eau de la rivière et les plantes et les arbres de la montagne prochaine deviennent plus claire et plus verts. » C’est leur façon de parler du milieu qui naît en même temps qu’un être saint.

Dans le Bouddhisme, on parle du karma comme d’un fruit ou d’une graine. La karma-graine est l’accomplissement de l’action et le karma-fruit est ce qu’on reçoit, la somme de tous vos actes, vos pensées, et votre être. Le karmaphala est donc le fruit du karma. Il est composé de deux parties. La première est votre personne et la seconde est le milieu qui vous entoure. Quand vous venez passer une heure avec nous, vous emmenez ce milieu, une sorte de rayonnement qui vient de vous-même. C’est comme si vous emmeniez une bougie dans cette pièce. La bougie est là. Il y a une sorte de zone de clarté que vous emmenez.

Quand un sage est là et que vous vous asseyez près de lui, vous sentez de la lumière, vous sentez de la paix. C’est pour cela que j’ai dit que si vous vous asseyez près de Jésus et regardez dans ses yeux et que vous ne Le voyez toujours pas, cela est sans espoir parce que dans une telle situation, vous avez beaucoup plus de chances de voir, d’être sauvé, d’atteindre l’illumination, que quand vous lisez ses enseignements. Bien sûr, s’Il n’est pas là, Ses enseignements sont le deuxième meilleure outil.

Quand je lis et que je conserve les écritures, que ce soit des écritures bouddhistes ou chrétiennes, j’essaie toujours d’être conscient du fait que quand le Bouddha ou Jésus disaient quelque chose, ils s’adressaient à quelqu’un ou alors à un groupe de personnes. Je devrais comprendre les circonstances au sein desquelles ils parlaient, afin d’entrer en communication avec eux, plutôt que de simplement prendre mot pour mot leur parole. Si j’ai une histoire à raconter à un adulte, je peux aussi la raconter à un enfant. Mais je raconterais cette histoire différemment à un enfant, non pas parce que j’en ai envie, mais parce que je suis face à un enfant. Mon histoire prend alors naturellement une autre forme. Je crois que ce qu’a dit Bouddha, ce qu’a dit Jésus, n’est pas aussi important que la façon dont Bouddha ou Jésus ont dit cela. Mais si vous essayez d’analyser, de découvrir la signification profonde des mots sans réaliser le type de relation qui avaient lieu entre celui qui a parlé et ceux qui écoutaient, je pense que vous passez très facilement à côté non seulement de ce qui est dit, mais aussi de l’homme.  Les théologiens ont tendance à oublier cette approche.

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