Soeur Chan Khong

Sister Chan Khong - Magnolia portrait

Soeur Chan Khong est la première disciple du maitre Zen Thich Nhat Hanh à avoir reçu la pleine ordination, et la directrice de ses projets humanitaires depuis les années 60.

Née en 1938 dans à Ben Tre au Vietnam du Sud, Soeur Chan Khong commença dès l’adolescence le travail social dans les bidonvilles. Après sa rencontre avec le maitre Zen Thich Nhat Hanh en 1959, elle l’aida à mettre en place l’Ecole de la Jeunesse pour le Service Social, formant des milliers de jeunes travailleurs sociaux dans le d’apporter de l’aide aux villages reculés, dévastés par la guerre.

Elle organisa la Délégation Bouddhiste pour la Paix qui participa aux Rencontres pour la Paix à Paris en 1969. Dans les années 70 elle assista Thich Nhat Hanh dans ses cycle internationaux de conférence appelant pour la paix. Sa présence fût instrumentale dans la direction des efforts humanitaires mis en place afin de secourir les « boat people », vietnamiens dans les hautes mers, ainsi que pour la gestion des programmes de soutien dont ont bénéficié plus de 14 000 orphelins au Vietnam.

Depuis les années 80 Soeur Chan Khong a aidé Thich Nhat Hanh à créer le monastère du Village des Pruniers dans le sud-ouest de la France, et est à présent la nonne ainée de la Sangha internationale du Village des Pruniers.

Les profondes pratiques de pleine conscience qu’elle a créée et développées (et qu’elle nomme « travail social du coeur ») ont apporté réconciliation et guérison à de nombreux couples, familles, communautés et lieux de travail à travers le monde.

La Biographie de Soeur Chan Khong, La force de l’Amour, est à la hauteur des autobiographies spirituelles de Martin Luther King Jr. et de Mahatma Gandhi, l’histoire remarquable de la quête d’une femme pour un changement social et spirituel.

Il y a des vies qui sont des enseignements, et certainement celle de soeur Chan Khong en est un.

Arnaud Desjardins écrit au dos de son autobiographie « La Force de l’Amour »  qu’elle est à la fois reportage de guerre et témoignage que seul l’amour est plus fort que la violence. Un livre qui, ajoute-t-il, nous donne une haute idée de la femme.

Thich Nhat Hanh écrit en introduction de ce même ouvrage qu’il permet de découvrir que soeur Chan Khong est un véritable bodhisattva, et il est vrai qu’on demeure émerveillé devant la somme de compassion en action que soeur Chan Khong a déployée tout au long de sa vie et particulièrement dans les terribles circonstances de la guerre du Vietnam.

Quelle force intérieure et quelle humilité. Sans ce livre qui répondait à une demande d’amis, on n’aurait rien su d’elle ; en effet, elle demeure toujours en retrait, fidèle et discrète derrière Thich Nhat Hanh qu’elle a accompagné et soutenu dans tous ses combats.

Née en 1938, Soeur Chan Khong vient d’une famille qui pratiquait la générosité et l’aide aux autres comme quelque chose d’évident et de naturel, et c’est aussi tout naturellement,alors qu’elle n’est encore qu’une adolescente, qu’elle prend l’habitude de à se rendre dans un bidonville pour aider les pauvres gens. Dès qu’elle rencontre Thich Nhat Hanh, elle le reconnait comme le maître spirituel qu’elle cherchait et s’engage très activement à ses côtés dans des actions pour un changement social, notamment en fondant l’Ecole de la jeunesse au service social (EJSS). C’est alors que le gouvernement au pouvoir, chrétien et lié aux occidentaux, se met à persécuter les bouddhistes de la façon la plus aveugle. Des moines et des nonnes s’immolent par le feu…

Soeur Chan Khong raconte son action incessante, tout au long de la guerre effroyable qui va opposer le Nord et le Sud, pour arrêter l’horreur et aussi les occasions perdues de dialogue et de paix. Quand on prend connaissance par une actrice directe des drames qui se jouent et qui résultent de l’escalade implacable de la violence et de la guerre, on mesure avec horreur le fossé qui sépare les dirigeants enfermés dans leurs schémas mentaux simplistes de la réalité de la souffrance quotidienne des gens. Et cette tragédie se répète encore et encore…

Repères :

1858 : Les Français débarquent à Danang (port du centre)

1867 : La Cochinchine (Sud) devient colonie française.

1883 : L’Annam (centre) et le Tonkin (Nord) sont mis sous protectorat français.

1945 : L’indépendance du Vietnam est proclamée par Ho Chi Minh à Hanoi le 2 septembre 1945.

1946 : Tentative française de rétablir son autorité et début de la première guerre du Vietnam

1954 : Le 7 mai 1954, Dien Bien Phu tombe, Le 20 juillet 1954, les accords de Genève sont signés reconnaissant l’indépendance, la souveraineté et l’intégrité du Vietnam. Le 17ème parallèle sera une ligne de démarcation militaire et des élections générales devront avoir lieu sur l’ensemble du pays pour le réunifier.

1956 : Ngo Dinh Diem, président à Saigon, soutenu par l’administration américaine, refuse les élections prévues par les accords. Les premiers conseillers militaires américains débarquent dans le sud et la 2ème guerre du Vietnam commence.

1968 : L’intervention américaine atteint le chiffre de 500 000 G.I sur place. 7 millions de tonnes de bombes sont larguées, soit 3 fois plus que sur toute l’Europe durant la deuxième guerre mondiale.

1973 : Signature des accords de Paris. Le retrait des troupes américaines débute.

1975 : Offensive du printemps. Fin du régime de Saigon le 30 avril 1975.

1976 : Le Vietnam est officiellement unifié et prend le nom de république Socialiste du Vietnam. Saigon redevient Ho Chi Minh ville (nom voté par la 1ère Assemblée Nationale en 1945).

La guerre s’intensifie, soeur Chan Khong et d’autres jeunes femmes et hommes s’efforcent au péril de leur vie d’aider les villages bombardés.

Elle raconte : « Le village de Tra Loc fut bombardés et les travailleurs de l’EJSS nous racontèrent que l’intensité dela colère et de la haine était très élevée parmi les paysans. Ils décidèrent d’aider les paysans à reconstruire leurs maisons. Après plusieurs mois d’efforts communs, les bombes tombèrent à nouveau, détruisant tous leurs efforts. La terreur, la haine et le désespoir étaient partout. Nos amis rassemblèrent leur courage et une nouvelle foi aidèrent à la reconstruction des maisons, des écoles et du centre de soins. Puis d’autres bombardements, réduisirent leurs efforts en cendres. Après un quatrième bombardement, il leur devint vraiment difficile de garder leur sérénité. Tous voulaient attraper un fusil et se battre. Mais grâce à la pratique de la méditation et de la compréhension profonde, ils se rendirent compte que prendre les armes ne feraient qu’empirer les choses, alors ils se remirent au travail pour manifester leur soutien, leur amour et leur attention envers ceux qui souffraient tant. »

Par la suite, l’EJSS qui restait suspecte aux yeux du gouvernement en place subit des attentats, des grenades furent jetés dans les dortoirs en pleine nuit. Dix-huit personnes furent tuées ou grièvement blessées. Après une journée de pratique de méditation solitaire, Soeur Chan Khong écrivit le texte suivant qui fut lu aux funérailles : « Nous n’avons aucune haine contre vous, vous qui avez jeté ces grenades et tué nos amies, parce que nous savons que les hommes ne sont pas nos ennemis. Nos seuls ennemis sont le manque de compréhension, la haine, la jalousie, le malentendu et l’ignorance qui conduisent à de tels actes de violence. Permettez-nous de faire disparaître ce malentendu pour que nous puissions travailler ensemble pour le bien du peuple vietnamien. « 

Elle risque la mort à de nombreuses reprises et connait la prison où elle pratique la méditation marchée. Quand elle est arrétée, elle se concentre sur sa respiration et évoque le Bouddha Avalokitesvara. A chaque instant, quelle que soit la situation, elle s’efforce de mettre en pratique l’enseignement bouddhique.

Une amie très chère s’immolera par le feu pour demander la paix et elle en éprouvera une très grande douleur.

Et puis, ce sera l’exil et le drame bouleversant des boat people qui fuient le Vietnam et qu’elle aidera de toutes ses forces, en même temps que se développera aux Etats-Unis un intérêt pour l’enseignement de Thich Nhat Hanh qui invite les vétérans du Vietnam à guérir leurs blessures par la pratique de la Pleine Conscience.

Le village de Pruniers voit le jour, et depuis, Soeur Chan Khong continue à pratiquer la respiration profonde tout en envoyant inlassablement colis et médicaments pour soulager des détresses.

Après 39 années d’exil, et de longs pourparlers, Thich Nhat Hanh a été accueilli par le gouvernement communiste en 2005 au Vietnam, soeur Chan Khong, toujours aussi discrète et effacée, l’a évidemment accompagné dans cette visite historique (ainsi qu’une centaine de moines et de nonnes et d’une sangha laïque). Depuis, les relations avec le Vietnam restent difficiles, un monastère créé par Thich Nhat Hanh a été saccagé et les nonnes et les moines dispersés.

Courage, bonté , dévouement inlassable, soeur Chan Khong incarne pour nous la compassion féminine d’une Kwan yin…

Interview de Soeur Chan Khong à l’émission « Sagesses Bouddhistes »

 » Parmi les quelques précieuses héroïnes bouddhistes à la fois politiques et spirituelles existantes comme source d’inspiration, Chan Khong se place comme l’une des plus compatissantes, persévérantes et courageuses. Son livre a le rythme et les trépidations d’une histoire d’aventure et la profondeur d’une quête spirituelle »

Tricycle

 

 

 

 

 

Sister Chan Khong at Lotus Pond Temple in Hong Kong - by Kelvin Cheuk

Sister Chan Khong at Lotus Pond Temple in Hong Kong – by Kelvin Cheuk