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Le Village des Pruniers à Solesmes




En septembre dernier, nous sommes un groupe de Frères et Sœurs du Village des Pruniers à nous être embarqués dans l’aventure merveilleuse qui nous attendait à Solesmes pour quatre jours. Nous étions un groupe mixte afin d’être au mieux représentatifs de la diversité que présente notre Communauté : Vietnam, France, USA, Thaïlande, Singapour, Irlande… Depuis près de cinq ans, une amitié est née entre le monastère bouddhiste du Village des Pruniers en Dordogne et le monastère bénédictin Saint-Pierre de Solesmes dans la Sarthe ; cette amitié n’a cessé d’évoluer au fil des correspondances, au point de constater aujourd’hui qu’une réelle tendresse s’est développée lors de cette récente visite chez nos Frères catholiques, et qui donne toute sa beauté et toute sa profondeur à cette amitié grandissante.
L’enthousiasme était au rendez-vous et nous a emmené à travers un univers assez différent de celui du Village. Cependant nous avons pu tous ensemble nous rencontrer à travers les valeurs communes de la vie monastique et de la fraternité qui la caractérise. Nous nous rendions à l’église pour les offices sept fois par jour, depuis 5h30 du matin pour les Vigiles jusqu’au soir 20h30 pour les Complies d’où nous ressortions après 21h00. En effet, le cœur de la pratique bénédictine trouve son expression dans la prière psalmodiée au rythme du chant grégorien et offerte à tous les offices. Ceci est d’une beauté profonde et qui s’explique particulièrement ici à Solesmes par le fait que les moines de ce lieu n’ont cessé à travers les générations de redynamiser la liturgie du chant grégorien, à l’instar du premier Abbé de Solesmes, Père Dom Guéranger.
Solesmes… l’atmosphère des lieux est solennelle. Dans l’église, une grande force y est puisée pourvu qu’on y entre avec un cœur sincère et plein d’humilité. Je tends à penser que nous faisions figure de parfaits invités pour nos hôtes bénédictins. En effet, nous étions diligents, attentifs et dociles comme des enfants, tant et si bien que nous nous levions de nos bancs lorsqu’il fallait se lever, nous nous penchions en avant sur deux lignes de psaumes chantées, nous relevions sur une ligne, puis nous asseyions de nouveau. Et nous enchaînions ainsi en mesure, sans broncher, heureux de nous adapter aux rites de la prière avec autant d’aisance. Bien sûr, au bout du troisième jour, j’ai fait l’enfant rebel. S’il fût rare que je reste assis quand tous se levaient, il devenait plus fréquent que je reste droit debout quand tous se penchaient en avant. Je ne pouvais renier le fait que je venais avant tout en Bouddhiste, et qu’il n’était pas foncièrement nécessaire de faire tout ce que nos hôtes faisaient, juste par complaisance, au risque sinon de mimer, d’imiter, et par là de trahir l’intégrité de ma présence. Ce qui pouvait être juste et vrai pour mon Frère ou ma Sœur de notre groupe, dans le fait de suivre fidèlement le rituel coutumier de la prière, aurait été pour moi, compte tenu de mon état d’esprit à ce moment-là, une erreur, un manque d’authenticité.
La joie d’être à l’église et de participer aux offices trouvait sa source dans le fait de se savoir et se sentir reliés dans une dimension ultime, soutenus et élevés par la force et l’élan du chant grégorien latin, se trouvant directement plongés dans la Présence douce du moment. C’est un immense cadeau que chacun, chacune de notre groupe a reçu à sa façon. Et cette expérience aussi suave qu’une grâce est venue nourrir notre Bodhicitta, notre aspiration et notre pratique bouddhistes. Vous imaginez alors la gratitude qui habite nos cœurs aujourd’hui !
Un moine bénédictin ça marche vite ! Car le temps presse tout de même, il n’est pas question d’arriver en retard à l’église, ces rendez-vous avec notre prière, ces rendez-vous avec Dieu. Et quand on sait qu’une journée est ponctuée de ces retours incessants à l’église (six à sept fois par jour), on devient vigilant, attentif à ne pas perdre son temps.
De même, un moine bénédictin ça mange vite ! Et en plus de cela, pour être sûr de ne pas s’égarer dans les plaisirs de la table, et afin de nourrir l’esprit autant que le corps, un Frère est présent chaque jour sur le haut d’un pupitre d’où il fait la lecture à voix haute et sentencieuse pendant que le reste de la Communauté prend son repas.
Pour qui connaît le rythme et la cadence du Village des Pruniers, nous voyons tout de suite le changement de paysage ! Chez nous, tout est question de lenteur ! Quoiqu’il en soit, j’ai apprécié personnellement de relever le défi, m’évertuant de mon mieux à ne pas me laisser emporter « par les émotions de la majorité ». Ce fut un exercice intéressant : s’appliquer au calme, à la stabilité tout en suivant le flot accéléré des événements.

L’autre aspect grandissant et profondément bénéfique de cet échange inter-monastique, ce fut l’incontestable enrichissement de la Rencontre. Alors que nous étions jusqu’à présent en rapports plus étroits spécifiquement avec deux Frères de la Communauté de Solesmes, le Frère Michel-Marie et le Frère Yves-Marie, nous avons pu cette fois-ci faire l’expérience extraordinaire de rencontrer toute la Communauté des Frères, à l’exception du Père Abbé absent pour quelque affaire importante mais adorablement représenté par le Père Prieur, « Fils aîné » de la Communauté. Quant à nos deux chers Frères Michel-Marie et Yves-Marie, ils nous avaient déjà fait l’honneur de venir passer quelques jours au Village des Pruniers et avaient d’ailleurs eu la chance d’y rencontrer Thây. Nous devons beaucoup à ces deux Frères pour l’hospitalité et l’amitié partagées qu’ils nous ont témoignées lors de notre séjour. Au moment du départ, je suis allé dire un dernier au revoir à Frère Michel-Marie : je me suis approché de lui, nous nous sommes tenus les mains, et les larmes de ses yeux ont commencé de couler…
Cette rencontre dépasse bien entendu la simple convenance sociale. Il s’agit d’une rencontre dans sa dimension profonde. Là s’est manifestée une ouverture spontanée, certainement désirée de toutes parts, et avec elle une chaleur et une lumière, et une communication riche et joyeuse. Il est clair aujourd’hui pour chacun et chacune de notre groupe que nous avons retrouvé une famille dont nous nous sentons tout naturellement les jeunes Frères et les jeunes Sœurs, et même peut-être les enfants. Et de nos deux Communautés un lien tangible nous unit, celui de la présence à l’Abbaye Sainte-Cécile de Solesmes de celle qui fut pour nous pendant près de 6 ans notre Sœur bouddhiste au Village des Pruniers « Sœur Dao Nghiêm » et qui est aujourd’hui Sœur Marie-Bénédicte.

Il reste beaucoup à explorer de cet échange qui ne fait que naître ; l’intérêt est vif et prometteur. Nous avons soif de compréhension mutuelle de nos traditions respectives, d’abord en ce que cela vient faire la lumière sur l’enseignement et la pratique spirituels de notre propre tradition et culture monastique, ensuite par le fait de venir enrichir nos valeurs et nos vertus propres à partir des valeurs et vertus de l’autre tradition. Dans un cas comme dans l’autre, la mystique s’opère soit par contraste des différences, soit par affinité des ressemblances. Et c’est là que nos échanges quotidiens ont pris tout leur sens.
Il n’est pas faux de dire que nous parlons des langages différents mais qui tendent à pointer une même réalité qui ne sait s’apprécier et se goûter ultimement, s’exprimer pleinement qu’au-delà des mots et des langages. Qu’il s’agisse de faire l’expérience de Dieu et de la grâce divine et des chemins de vertu qui y mènent, notamment la Pauvreté, l’Obéissance et la Stabilité chers à la tradition bénédictine, ou qu’il s’agisse de toucher la Réalité du Nirvana et de ses attributs que sont entre autres la Vacuité, l’Impermanence et le Non-Soi, tout cela nous mène à un dépassement de nous-mêmes et à une libération des misères de notre condition humaine. Tout cela nous mène à toujours plus d’amour pour la vie et ses créatures manifestées.
Nous espérons bien que nos rencontres inter-religieuses monastiques fleurissent à l’avenir et qu’elles s’étoffent d’un nombre plus grand de Frères Bénédictins venant nous rencontrer au Village des Pruniers. Nous souhaitons fortement développer ces échanges car nous savons maintenant plus que jamais à quel point ils sont précieux, fructueux et d’un enrichissement mutuel qui s’avère nécessaire pour l’éclairage et la compréhension profonde qu’ils peuvent tous nous apporter.




Eglise Bouddhique Unifiée

Le Village des Pruniers

Le Pey
24240 Thénac

réalisation : www.atelier2c.com